SYLVIE HARTMANN

Fleurs éternelles

Par une belle journée de printemps, je me rends à Saint-Germain-des-Près, pour rencontrer un confrère galeriste. En traversant le Pont du Carrousel, mon regard est attiré par de hauts bouquets fleuris qui ornent la vitrine de la mythique boutique Sennelier. Curieuse, je m’approche et tombe en pamoison devant des assortiments de fleurs qui semblent immortelles. Intriguée, j’entre alors dans la boutique de ce « marchand de couleurs». J’y découvre ces fleurs éternelles. L’installation florale est accompagnée d’un petit texte : « Eugénie aimait les bouquets blancs et jouait avec sa collection de vases. Parfois elle accordait ses robes aux fleurs de ses bouquets. » À la lecture de ce récit, je décide de mener mon enquête sur cette actrice de l’éternel. On m’indique que l’artiste expose également, non loin de là, ses créations dans la boutique de Parfums Annick Goutal, au 16 rue de Bellechasse. Ni une, ni deux, je m’y rends sur le champ, pressée de suivre ce jeu de piste auquel l’artiste me soumet.

Cette fois-ci, c’est autant la mise en scène des bouquets que la puissance des couleurs, qui me séduisent. Je retrouve dans ces fleurs de papier la fragilité des roses de ma grand-mère. Cependant, celles-ci sont impérissables, malgré leur apparente vulnérabilité. À nouveau accompagnées d’un texte, qui sonne comme la suite du précédent récit : « Nous revenions au château pour le trouver désert, seuls les bouquets encore sur les guéridons nous laissaient penser que George et Alfred étaient partis depuis peu » (référence à George Sand) Ces écrits me transportent l’un après l’autre dans une autre époque… Zut ! Mon rendez-vous ! Je téléphone à mon confrère et lui fais part de ma découverte ! Il me dit connaître le travail de cette artiste, dont il a déjà vu le travail à l’Atelier Byzance, travail où se mêlent fleurs immortelles et papier ottoman. Il m’apprend que ces fleurs sont inspirées de l’archéologie gréco-romaine jusqu’aux peintres du XXe, car Sylvie Hartmann est aussi archéologue et restauratrice. Nom de Zeus ! Je lui propose qu’on se retrouve à l’Atelier Byzance pour qu’il m’en dise un peu plus.

Si habituellement les fleurs de Sylvie Hartmann sont faites de papiers de mûrier précieux provenant du Japon et de Corée, ici pour ses compositions, elle a utilisé des papiers marbrés ottomans de l’artiste Baykul Baris Yilmaz. Le résultat est majestueux ! Au contact des couleurs d’Orient, les fleurs s’inscrivent dans un paysage digne des impressionnistes. Mon ami galeriste, m’apprend que Sylvie aime justement retranscrire la peinture au travers de ses créations et que c’est de cette façon que tout a commencé. Après le départ des œuvres de grands maîtres dont elle était restée pendant cinq ans, dans une intimité quotidienne, le temps de leur restauration, elle a cherché un mode d’expression qui lui permettrait de retrouver leurs couleurs, leur lumière, leur aura. Le hasard l’a conduite à fabriquer des fleurs peintes qui évoquaient alors les tableaux absents. Mon ami m’avoue avoir justement découvert son travail au travers d’un bouquet reprenant les tonalités d’une œuvre d’Eugène Boudin : « La plage de Trouville ». Il me dit avoir retrouvé la sérénité que la toile d’Eugène Boudin lui a inspirée.

Sous le charme du travail de Sylvie Hartmann, je repars une fleur à la main, ravie de ma traversée des époques dans Paris, cette après-midi !

Par Camille Attack

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