SOLEDAD BRAVI

"Ceci n'est pas un tableau"

Si j’ai découvert Soledad Bravi dans les pages du magazine ELLE, c’est au Pays basque, avec ses cartes postales que je l’ai rencontrée, et à Paris au détour des histoires de Gabi que je l’ai connue. Aujourd’hui, c’est dans un tout autre univers pictural que je la retrouve. Ses personnages ont voyagé et rencontré d’autres maîtres, leurs opinions se sont confrontées à d’autres styles, d’autres époques et d’autres vies. Dans « Ceci n’est pas un tableau », Soledad Bravi nous propose une nouvelle vision de l’art et de l’histoire de l’art, la sienne. Rencontre avec une dessinatrice du mot.

Comment est né le livre « Ceci n’est pas un tableau » ?

L’idée est venue en parlant avec une amie qui appréciait beaucoup mes pages « visites d’expos » dans ELLE, et la façon dont j’abordais l’art, d’une manière différente de celle que l’on trouve habituellement. Elle disait que  « j’entrais par une porte, qu’elle-même n’aurait pas ouverte », et que j’offrais à voir et lire une vision moins académique des œuvres.

De tous les livres que vous avez créés, quel est votre chouchou ?


Mon préféré « Poupou et Poupette », un livre pour les enfants de 3 ans, qui raconte l’histoire de deux pieuvres qui tombent amoureuses. Il fait que je suis aujourd’hui incollable sur l’univers des pieuvres ! [rires]


Êtes-vous une assidue des musées ?

J’aime aller voir des expositions car j’aime découvrir ce que font les autres. Je ne peux pas me renouveler toute seule, voir le travail d’autres artistes m’ouvre l’esprit . C’est pour moi une forme de curiosité essentielle, mais je  n’ai pas de musée favori.

Avez-vous le souvenir d’une émotion particulière face à une œuvre ?

Oui, une œuvre que j’ai vue à la Royal Academy de Londres, L’Arrivée du printemps de David Hockney qui représente une forêt de troncs avec en son milieu un sentier, comme un tapis rouge qui nous emporte.  On a l’impression que les feuilles sont des confettis. Le jour où j’y étais, un enfant était allongé devant. Il s’était installé dans la forêt. En le regardant, je me suis dit qu’il avait tout compris, et que cet endroit était le plus génial pour apprécier cette œuvre ! Hockney a l’art d’inverser les perspectives et cela donne l’impression d’être à l’intérieur du tableau. C’est un artiste dont je trouve le travail fantastique, à la frontière entre la peinture et l’illustration.

Quelle est votre opinion sur le monde de l’art ?

Je trouve génial qu’aujourd’hui n’importe qui puisse devenir artiste, alors qu’avant on était obligé de faire des études d’art pour être reconnu.

Votre famille baigne dans un univers artistique, et vous avez fait des études d’Arts appliqués. Qu’est-ce qui vous séduit dans cet univers ?

Mes frères et moi sommes effectivement tous les trois dans une branche artistique. On se laisse porter par nos esprits, notre imagination crée nos journées. Je trouve cela fabuleux !

Après vos études à Penninghen, vous avez travaillé dans une agence de publicité. Que vous a apporté cette période de votre vie ?

Le travail en équipe ! Mais j’ai aussi appris à mener à bien un projet, tous ensemble, en connaissant les tenants et les aboutissants. Cette période m’a permis de trouver le concept de mon travail : je cherche toujours à extraire l’idée principale.

Les textes sont  très importants dans votre travail. Comment procédez-vous ? 

Le texte tient effectivement une place très importante et c’est lui qui vient en premier. Je pars d’une phrase, d’un mot déplacé ou drôle, et j’associe un dessin qui va amener le contraire. Je pense que c’est ce mélange qui fait ma signature.

D’où vous vient ce sens de la répartie, votre goût pour l’autodérision ?

De ma famille ! Et surtout de mon père qui est un champion en la matière! À table, c’est la course à celui qui va avoir le bon mot, qui va sortir la phrase la plus absurde. 

Comment votre style est-il venu ? Vos premiers dessins ressemblent-ils à ceux d’aujourd’hui ?

En partie, car j’ai dessiné dès le départ des petits personnages, dans lesquels mes amis se reconnaissaient.

Vos personnages, comment définissez-vous leur prénom et leur caractère ? Qu’est-ce qui est le plus important selon vous chez eux ?


Ces personnages, c’est moi. Ils sont une exagération de tout ce que je suis et de mes défauts :
La parisienne speed, impatiente, hautaine, débordée, la paresseuse compulsive…
De ce fait, mes personnages  n’ont jamais de prénom. Seule exception, deux petites filles, dont Gabi. C'est la fille d’une amie d’amie qui a 7 ans et qui est très différente des autres enfants.
Elle a une ultra sensibilité, et j’adore la regarder vivre. Par exemple, sa façon de parler aux insectes est géniale et bouleversante. Ça me donne envie d’écrire des histoires sur sa vie. 


Vous dessinez des filles qui sont des bombes, à l’humour mordant et absurde. Mais elles nous donnent surtout l’envie de leur ressembler ou d’être leur copine. Comment capte-t-on ce que veulent les femmes, pour reprendre le titre d’un film ?


Je crois que les gens accrochent sur le texte de prime abord. Ils se fichent du corps, c’est le texte qui est fédérateur. Ainsi ils ne voient pas une fille mince et canon. Je reçois souvent des messages qui disent « vous dessinez ma vie ».


Vous dessinez chez vous, entourée de vos dessins fétiches, sur un bureau que votre entourage pourrait qualifier de « bordélique », et dans un calme absolu.


Ma maison c’est ma grotte, et j’aime travailler dans cette atmosphère rassurante. J’ai plein de trucs que j’ai accumulés, et notamment des dessins fétiches, ils sont mes repères. Je travaille dans ce que j’appellerais plutôt « un désordre personnel ». Des feuilles et des crayons partout. Et dans un calme absolu, car un rien détourne facilement mon attention. [Rires]

Quel est pour vous  le plus beau des personnages de bande dessinée ?


Snoopy !!! Il est « charmantissime » !!! 

Préférez-vous illustrer pour les autres ou le travail personnel ?


J’aime tout, et je n’aimerais surtout pas n’avoir que l’un ou l’autre. J’aime vraiment le mélange.
Je me promène entre tous mes projets et  pour tous les âges. Mais une constante : un nouveau projet se doit toujours d’être une fête pour moi.

Auriez-vous aimé vivre à une autre époque, avec d’autres codes ?


Non !Avant il n’y avait pas beaucoup de féminisme, et je trouve que c’est vraiment confortable de vivre à notre époque en France.

Notre magazine a un cœur basque , et plus particulièrement le cœur de Guéthary. Que représente Guéthary pour vous?


C’est le bonheur !!! Dès que dans le train, j’entends « Prochain arrêt Bayonne », je sais que juste après il y a Biarritz, et là tout mon stress s’évanouit. J’y ai une maison très jolie entourée de vert. C’est un endroit qui me ressource totalement ! J’adore les gens, l’océan vide la tête, l’Espagne est juste à coté… C’est un kif total !

 

Par Camille Attack

Ceci n’est pas un tableau, Soledad BRAVI, Edition Leduc

Bandeau V10.jpg

Pour les addicts du papier, les amoureux du facteur, et du courrier tant attendu, LIFE IS ART lance son abonnement!
 

Faites de votre boîte aux lettres un écrin d'épicurisme et d'art trois fois par an.

LIFE IS ART reste gratuit, seuls les frais d'envoi sont à votre charge.

 

Life is Art,

dans votre boîte aux lettres.

 

© 2018 LIFE IS ART MAGAZINE édité par SARL Lodiska - 1 rue d'Enghien - 33000 BORDEAUX - FRANCE