• CAMILLE ATTACK

LETTRE A CHARLOTTE PERRIAND

Exposition "Le nouveau monde de Charlotte Perriand" à la Fondation Louis Vuitton,

jusqu'au 24 février 2020


Charlotte Perriand, Japon, 1954


Charlotte,


J’aurais tant aimé m’entretenir avec vous et vous poser mille questions sur votre façon de voir le monde et tout particulièrement l’homme. Aujourd’hui, à défaut de pouvoir vous interroger, c’est à la Fondation Louis Vuitton que je vous rencontre et m’immerge dans votre univers, à travers les yeux de votre fille Pernette Perriand, commissaire de cette exposition (en collaboration avec Jacques Barsac). Cela n’a pas dû être évident pour elle de retranscrire votre esprit, d’inscrire la vision de sa mère, à la mesure de la fondation Louis Vuitton.


D’ailleurs, est-ce que vous auriez accepté d’être exposé e à la Fondation Louis Vuitton ? Femme forte visant avant tout le bien-être de tous, et plus particulièrement celui du peuple, de la classe moyenne, de la classe ouvrière, plutôt que des nantis. Vous êtes même allée jusqu’à démocratiser les sports d’hiver à travers votre projet aux Arcs, 1600, 1800 et 2000, quelle force ! Et, d’un autre côté, ce bâtiment de Franck Gehry n’est-il pas à la mesure de vos avancées, de votre regard visionnaire sur l’habitat ? En travaillant avec Pierre Jeanneret et Le Corbusier, vous avez inventé une nouvelle manière d’habiter, d’être dans l’espace, de s’asseoir et même de cuisiner. La cuisine ouverte, ce n’est pas la cuisine américaine mais la cuisine de Charlotte Perriand, non ?


Que penseriez-vous du monde actuel ? Avons-nous avancé ou reculé en matière d’habitat, par rapport à vous et vos idées ? Vos travaux à la Cité internationale universitaire de Paris, pour la Maison du Mexique, la Maison de la Tunisie ou encore la Maison du Brésil sont des modèles précieux pour qui souhaite fabriquer du logement de nos jours. Si vous pouviez voir ce qui se construit maintenant, de l’habitat étudiant sans imagination, et même de l’habitat en général toujours plus petit et moins fonctionnel, vous en seriez malade ! Heureusement, l’exposition est là, et en déambulant à travers les salles, ornées des peintures de votre ami Fernand Léger ou encore de Miró et de Calder, je me dis que tout n’est pas perdu, qu’il y a des espaces comme celui-ci qui attisent notre curiosité et qui remettent notre monde en question.


Vous avez d’ailleurs réalisé de nombreuses scénographies d’exposition, pour mettre en lumière votre travail et celui d’autres artistes comme Picasso pour la réouverture de la Galerie Leiris. Grâce à votre fille, je voyage dans le temps et m’imagine une coupe de champagne à la main, pour le vernissage de Picasso, quelle chance ! Ou alors, je pars au Japon, je suis au milieu d’une bambouseraie et je déguste un thé, sur vos meubles en bambou. D’ailleurs à ce propos, je pense que je préfère la version bambou de la Chaise longue basculante. L’unité, un seul matériau, crée une nouvelle pureté face à cet objet complexe.


Dire que vous avez travaillé pendant plus de dix ans aux côtés de Le Corbusier. Vous avez même dit à son sujet « Il m’a enlevé un mur que j’avais devant les yeux, à ce moment-là. Parce que Le Corbusier n’est pas qu’un architecte, c’est un philosophe, un philosophe de la vie », quelle chance! Cependant, cela n’a pas dû être facile tous les jours… Vous vous êtes imposée en tant que femme, une femme forte et engagée. Vous vous battiez pour vos convictions. Être une femme n’était pas un obstacle pour vous, vous ne vous en êtes d’ailleurs jamais plainte. Est-ce là votre secret ?


Lors de ma visite, je me suis demandé quelle femme seriez-vous aujourd’hui ? Quels seraient vos projets, vos actions, votre mantra ? Je n’ai pas toutes les réponses, alors j’espère que vous reviendrez nous rendre visite bientôt. Après le Centre Pompidou, et la Fondation Louis Vuitton, quel musée saura refléter votre personnalité ? Le musée de l’Homme ? La boucle serait bouclée.


Je vous embrasse,


Camille

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