• CAMILLE ATTACK

FRANCIS BACON

Exposition au Centre Georges Pompidou, jusqu'au 20 janvier 2020


Henrietta Moraes, Francis Bacon, 1966



Un premier rendez-vous


Voilà plus d’un an que je n’y étais plus allée. L’agitation de son quartier, ses couleurs, et son empreinte inimitable dans le paysage parisien. Aujourd’hui le centre Georges Pompidou est en travaux et je dois faire le tour de ce majestueux navire pour entrer. Une promenade initiatique qui donne une certaine intensité à cette visite. Telle une jeune première, allant à son premier rendez-vous, j’ai les mains moites, j’hésite… car c’est bien la première fois que je me confronte au travail de cet homme, Francis Bacon.


C’est innocemment que je rejoins la salle d’exposition, perchée au 6ème étage, au-dessus de Paris. C’est à peine si j’observe les toits de zinc durant mon ascension, car mon esprit est déjà loin. Mille questions se superposent : Quelle sera ma réaction ? Comment ont-ils mis en place les lectures de Conrad, Bataille et Leiris ? Serais-je effrayée par l’intensité de ses peintures ?


En entrant je suis d’abord surprise par l’époque 1971-1992. Le travail des corps, la dureté de certaines toiles me faisait penser à l’époque de Picasso, aux années d’après-guerre. J’aime l’insouciance du non-sachant lorsque je visite une exposition. Cela donne une neutralité et une distance dans notre rapport à l’œuvre. C’est elle qui nous saisit, son image plus que son histoire.


L’exposition commence par des portraits, et je me rêve une vie aux côtés de l’artiste. Telle une Helena Rubinstein, je m’imagine me faire offrir un portrait de moi-même réalisé par Francis Bacon. Quelle partie de moi ressortirait de l’œuvre ? Passé ces considérations, un tant soit peu égocentrique, je continue la visite et découvre les triptyques, si caractéristiques de l’œuvre de Bacon. Fondue dans l’instant, je ne peux m’en échapper. Trois instants sont représentés à chaque fois, trois images d’un moment. L’immensité des toiles m’enveloppe. Je suis émue par le triptyque à la mémoire de George Dyer, une représentation de l’amour et de la mort.


J’avance, et j’entre dans la salle principale, ici ce n’est plus simplement de la peinture, ce sont mille livres, et les images mentales qu’ils renvoient, qui sont représentés. Fraction de texte, mes écouteurs dans les oreilles, j’entre-aperçois l’œil de l’artiste, cherche à reconnaître les références, cherche à comprendre l’histoire qu’il m’est contée. Il est difficile de décrocher le regard de certaines toiles, du corps représenté, et de sa force. Je pense que c’est le contraste entre les couleurs choisies, pastelles, douces, chaleureuses et la vivacité du corps en mouvement. Tous les corps semblent être en mutation. La transformation a lieu sous vos yeux, souvent en trois étapes, alors vous ne voulez plus partir, vous voulez rester jusqu’au bout. Francis Bacon était-il un précurseur, a-t-il compris avant le cinéma l’influence de la série sur le spectateur ?


Voilà déjà les dernières œuvres. J’ai l’impression que l’on me retire trop tôt d’un rendez-vous que j’aurais voulu éternel. Quelques bribes d’interview me présentent l’homme que je viens de rencontrer. Amical et direct, il dit aimer la brutalité du fait. Rêveur, il fabrique des images à partir des mots. Romantique, la beauté du désordre et du chaos l’inspire. Alors, c’est avec un pincement au cœur que je ressors de l’exposition. J’aurais aimé en voir plus. Être physiquement éprouvé par la force de ces toiles et le parcours scénographique… Le livre de l’exposition sous le bras, je retourne à Paris, et cette fois-ci, prends le temps d’une photo, car Paris est si belle vue du ciel.


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