PASCAL CHATONNET

Un homme entre peinture et vignoble

On s'est rencontrés grâce au vin, et connus grâce à la peinture, Pascal, comment est apparue ton âme de collectionneur ? 

Après la naissance de ma fille, un peu par hasard. Nous avions alors acquis et rénové un hôtel particulier pour loger la famille qui s'agrandissait ; il y avait beaucoup de murs et de haut plafond. Ma première motivation fut donc d'abord fonctionnelle. Petit à petit l'exercice m'a passionné, je me suis intéressé plus sérieusement à l'art en général, je me suis informé surtout, et achat après achat j'ai commencé à collectionner. 

Quel a été ton premier achat ? 

Il s'agissait d'une nature morte de la fin du XIXème siècle d'un peintre français bien référencé mais pas fameux pour autant ; une composition classique autour du raisin où l'amateur débutant et inexpérimenté que j'étais, a du s'adonner d'abord à un plaisir mimétique pur. 

Quel est ton moteur ? 

Curiosité et passion. C'est la capacité de l'oeuvre à attirer mon regard qui a toujours primé. 

Y a t-il un fil conducteur dans ta collection ?

Mes goûts sont très éclectiques et ils évoluent au fil du temps. 

Achètes-tu en fonction de la côte des artistes et de leur renommée ? 

J'achète uniquement une oeuvre si elle me questionne. Peu m'importe que l'artiste soit connu ou pas... mais seulement jusqu'à un certain budget. Au-delà d'un certain seuil, la question de la valeur de l'oeuvre doit être étayée par des critères autres que la seule émotion esthétique. Les œuvres qui se valorisent sont les bienvenues, mais le collectionneur qui ne serait qu'un pur spéculateur perdrait beaucoup d'occasions de se faire simplement plaisir à mon sens... 

Où achètes-tu ? 

J'achète quasi-exclusivement en galerie. La relation avec le galeriste est parfois aussi importante que l'oeuvre que l'on achète, et en particulier à partir d'un certain budget. Le pedigree de l'oeuvre, son historique, sa provenance, son circuit, pour les oeuvres les plus anciennes, sont des éléments essentiels que seul un galeriste expérimenté peut garantir. Je n'aime pas la tension des salles de ventes ; l'obligation d'immédiateté dans la décision de surenchérir ou pas, génère souvent de la frustration in fine qui me paraît incompatible avec la jouissance pure de l'acquisition tranquille. L'achat direct à l'artiste pour les oeuvres contemporaines est bien entendu le plus excitant, mais parfois, la rencontre avec le personnage casse le mythe que l'on avait aimé construire... ce n'est pas toujours une bonne expérience... 

Comment achètes-tu ? 

Uniquement sur un coup de coeur : une attirance forte et soudaine, le coeur s'agite ainsi face à ce qui nous rend heureux... au moins au moment où on l'achète en tout cas. 

Tes oeuvres sont-elles toutes exposées chez toi ? 

La majorité des oeuvres accumulées font effectivement partie de mon intérieur privé. D'autres sont exposées sur mes lieux de travail également. Elles peuvent circuler au gré du moment. Mais le format est un facteur limitant cette circulation! J'aime pouvoir en profiter, bien qu'à partir d'une certaine quantité, ce soit difficile. Il faut savoir se séparer pour affiner et préciser une collection, et la différencier d'une simple accumulation. 

Achètes-tu une oeuvre ou un artiste ? 

Forcément les deux. D'abord certainement l'oeuvre. Mais on rachète souvent l'artiste. Après vous avoir séduit une première fois par une oeuvre particulière, l'artiste peut vous envoûter et vous attacher comme dans une histoire d'amour. Mais comme dans les histoires d'amour on peut se lasser ou se fâcher avec celui que l'on a adoré. 

Ton prochain coup de coeur ? 

Pas encore décidé. Peut-être un début dans la photo avec Gérard RANCINAN. 

Si tu ne pouvais garder qu'une seule oeuvre ? 

Difficile de choisir. Cela dit, il y a un Bernard Buffet que j'aime particulièrement. Buffet à peint en 1960 une paire d'Annabel en toréro. Le même tableau, à quelques détails près, avec deux profils opposés. On m'a proposé le profil droit à une époque mais je n'avais pas vraiment les moyens de l'acquérir. Quelques années plus tard j'ai rencontré le profil gauche. J'ai interprété la situation comme un signe. Je l'ai acquis sans trop réfléchir, et je lui porte depuis lors une affection particulière. 

 

Par Elka Léonard

Photographies Mathieu de Lorgeril

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