LAPONIE ICE DRIVING

Avec Eric Gallardo

On ne sait pas comment nos hommes ont réussi à nous convaincre, mais nous voilà en Suède, avec mes copines Jeanne et Camille dans un village au nom imprononçable Arjeplog, où il fait -40°C. Excepté Camille qui a une valise cabine, (je me demande comment elle a fait pour faire rentrer doudoune, tenues de ski, chaussures fourrées, etc.), mais qui a eu raison, car elle, elle a, sa valise à l’arrivée, alors que Jeanne et moi, avec nos valises proportionnelles à la différence de température entre la Côte basque et la Suède nous n’avons rien à l’arrivée. Comme c’est aussi un week-end de 3 jours en amoureux, je reste digne et je ne pique pas une crise de nerfs car je suis toujours en tenue Côte basque. Notre interlocuteur, dans cet adorable aéroport miniature, nous confirme que nos valises arriveront par le prochain avion. Ce sont de petits avions et il y a parfois trop de grosses valises à faire rentrer ! (Non, ce n’est pas une blague). Railleries de nos hommes, mais je m’en fiche.


En sortant, il fait vraiment très froid de chez très froid. Les clopeurs se limitent à deux bouffées (Notez que c’est un bon moyen pour arrêter de fumer la Laponie!). On nous attend pour nous emmener à l’hôtel. Malgré l’heure tardive, et le fait que je n’aime ni le froid ni la neige, mais que ne ferait-on pas par amour, et travail, soit dit en passant, les paysages sont magnifiques! Les sapins gigantesques croulent sous la neige, mais c’est beau, vraiment très beau. Une légère angoisse de ne pas arriver jusqu’à l’hôtel m’envahit car le car roule à très vive allure mais avec ses pneus cloutés, le conducteur à l’air de gérer. 

Nos hommes sont pressés de démarrer le stage. Ils se fichent de récupérer les valises, qui arriveront en taxi à l’hôtel. Eux n’ont qu’une idée en tête: se restaurer et faire un billard afin d’affûter leur condition physique. 

À noter, pour toutes les célibataires de la Terre, il n’y a quasiment que des hommes dans ce village. Je n’ai rien dit, mais je donne quand même le tuyau, il faut savoir partager les bonnes informations!

Le lendemain matin, après avoir passé dix minutes à admirer la vue de la fenêtre, il est vraiment difficile de s’en défaire, tellement c’est beau, direction le circuit. Les hommes vont faire leur stage, pendant que moi je vais avoir le plaisir de rencontrer Éric Gallardo, Monsieur Laponie Ice driving.
 

Eric, comment est née votre passion pour les automobiles ?

J’avais 3 ans, je me souviens être monté dans la voiture de mon oncle qui avait une MGB. Un moment qui m’a véritablement marqué.

Vous avez été 1er pilote-essayeur de la filiale européenne de General Motors et vice-champion de France GT4 en 1999. Comment devient-on le 1er pilote-essayeur de la filiale européenne de General Motors ?


Je suis ingénieur automobile de formation. J’ai travaillé pendant 10 ans en tant que pilote d’essai pour l’industrie automobile, pour toute la partie en rapport avec la tenue de route. Il faut savoir qu’avant la commercialisation d’un nouveau modèle, il faut faire des tests pour améliorer notamment le freinage, la direction, les pneus… Ces tests doivent être réalisés dans toutes les conditions, pluie, neige, glace, … Lorsqu’on termine les essais, la formation d’ingénieur permet de comprendre comment ça marche et ce qui doit être fait pour améliorer les performances des véhicules. Chaque hiver, les constructeurs ont des campagnes d’essais qui s’effectuent en Laponie.
Je suis ainsi venu ici chaque année. Devenu le premier pilote d’essai de Général Motors, j’ai ensuite eu la charge de la formation des autres pilotes essayeurs du groupe sur la glace.

Quelles sont les qualités d’un bon pilote ?

Il faut une part de talent indéniable, du calme et de la raison. Connaître ses limites pour ne pas se mettre en danger, et celles de la voiture. Savoir analyser chaque seconde. Ce métier présente beaucoup de risques, mais ces risques peuvent être maitrisés.

Quel est le plus court chemin pour être pilote-essayeur ?

L’ESTACA, École supérieure des techniques aéronautiques et de construction automobile, mais aussi beaucoup de chance car le nombre de places est très limité dans le milieu et des prédispositions naturelles pour progresser qui permettront d’être reconnu expert en la matière.

Pourquoi Arjeplog ?

C’est la capitale mondiale de l’industrie automobile l’hiver. Tous les constructeurs et équipementiers y ont un centre d’essais. La raison est historique et géographique: c’est une zone où il y a de très grands lacs et où tous les constructeurs peuvent avoir un centre d’essai sans être proche du concurrent. Cela date de la fin des années 60.
Le premier à s’y installer a été Opel, rejoint par l’équipementier Bosch qui a ensuite été rejoint par Mercedes, BMW et ainsi de suite… 

Comment est né le projet en Laponie ?

J’ai eu envie de proposer à des non professionnels de courir avec des véhicules sur la glace.
Je me suis dit que cela devrait plaire à un certain public, amateur de conduite. J’ai ainsi créé en 1999 une école de pilotage que j’ai revendue en 2011 et en 2006 j’ai proposé des stages de pilotage sur glace pour un public amateur.
La première année, j’ai eu 8 clients, aujourd’hui nous en accueillons 600 par saison.

Quels ont été les problèmes auxquels vous avez été confronté ?

Lors de la création de Laponie Ice driving, General Motors  mon ancien employeur, m’a aidé en m’autorisant à utiliser toutes ses infrastructures. Les trois années suivantes il a fait de même.
Mais un centre d’essai doit rester un endroit privé, les prototypes qui y sont essayés doivent rester secrets, ce qui était incompatible avec le nombre de clients qu’on recevait alors.
De plus, General Motors avait aussi un centre en Alaska, il a alors pris la décision de se recentrer dessus et non plus sur celui situé en Suède.
Je me suis alors dit : sois j’arrête, sois je reprends la totalité de l’infrastructure de General Motors.
Mais mettre en pratique cette idée, alors que j’accueillais une soixantaine de clients et qu’il s’agissait de mettre sur la table des millions d’euros que je n’avais pas, allait relever de l’exploit !
J’ai pris mon bâton de pèlerin et suis parti à la rencontre d’investisseurs. Je leur expliquais qu’on allait gagner de l’argent à terme mais que dans un premier temps on allait surtout en perdre.
J’ai réussi à les convaincre et toutes mes prévisions se sont réalisées.
Aujourd’hui nous sommes la référence mondiale de pilotage sur glace.

Quels sont vos clients ?

Nous accueillons des personnes parmi les plus riches du monde, des têtes couronnées, des pilotes de F1… mais surtout des passionnés de pilotage et des amoureux des voitures. Cet hiver nous allons accueillir pas moins de 40 jets privés.

Beaucoup de femmes stagiaires ? Car il n’y en a pas beaucoup dans les rues !

Non seulement 5% mais elles sont les bienvenues. D’autant que ce n’est pas une question de compétence mais une question de savoir où s’arrêter avec la voiture.
Les femmes ont moins de sorties de route que les hommes car elles ont une meilleure appréciation de ce qu’elles peuvent faire, et elles ne vont pas chercher à se mettre en situation de perdre le contrôle. 

Comment choisissez-vous les véhicules ?

Il s’agit en priorité d’un choix technique et technologique, mais également d’un choix marketing.
On est très orienté supercars: Porsche, Ferrari, Lamborghini, Mazeratti, BMW M4, Audi R8.
On essaye de varier notre offre.
Si certains constructeurs proposent des stages de pilotage sur glace, ils ne peuvent rivaliser avec notre offre de véhicules et nos prestations. Chez nous vous pouvez faire la journée1 en Cayman S, la journée 2 en Hurakan, et la journée 3 en Ferrari 488.

Comment se déroule une journée sur le circuit ?

Les stages durent 3 jours. Chaque client fait 8 sessions de 30 minutes de conduite par jour soit 250km.

Pourquoi avoir reproduit le circuit Paul Ricard ?

General Motors avait un circuit rapide de 4km et on l’a remplacé par un circuit de F1.
D’un point de vue marketing c’était plus parlant. Au-delà de cette notion, c’est le circuit le moins dangereux du monde. La possibilité d’avoir un accident grave est quasiment inexistante. Sur notre circuit, on a 30 cm de neige fraîche autour des pistes, ce qui permet d’amortir les sorties de route.
Il faut savoir que les voitures vont rouler à plus de 200 km/h.

Qu’est-ce qui rend la conduite sur glace si grisante ? 

Avoir le contrôle absolu. Le fait de déraper avec une voiture et de décider ce que ça va faire est grisant. 

On a bien vu toutes les trois, que les dérapages en voiture sur glace était vraiment quelque chose de jouissif ! Et on se rend vite compte à table, que cela ne sert à rien de parler d’autre chose que de voitures. Ce qu’il y a de sûr, c’est que nos hommes ont adoré ce week-end ! Mais nous aussi ! On en a profité pour faire de la moto neige, des balades en traineaux, se balader dans les rues, où on a croisé des mamies avec des charriots équipés de skis! Un des gros fou-rires du week-end! Et on en a surtout pris plein les mirettes, c’est tellement beauuuuuuuuuuuuuu. Noël approche, à offrir à son chéri !!

 


Par Mademoiselle de la Brindille
 

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