IMAGES D'EPINAL

Découverte d'un trésor

Qui n’a pas rêvé de découvrir un trésor ? Enfoui dans une épave depuis trois cents ans ou bien tapi au fond d’une malle dans un grenier poussiéreux. Un véritable trésor qui vous laisse sans voix et vous fait ouvrir des yeux de merlan frit, presque béat, fasciné comme hypnotisé. Christine Lorimy peut se compter parmi ces passionnés pour qui découvrir un trésor est devenu réalité.

Aujourd’hui Directrice associée de la société Maison images d’Épinal, elle se bat comme une forcenée pour partager et préserver cette découverte, pour tenir à flots cette entreprise qui recèle non pas un trésor mais des milliers de trésors sans que nul ne s’en soit vraiment soucié ou n’en ait estimé la valeur. 

La Maison images d’Épinal ce sont des archives exhumées et quelles archives !  Créée en 1796 par un dessinateur, Jean-Charles Pellerin, l’imagerie d’Épinal a connu un succès fulgurant grâce à ses lithographies et devint le centre de l’imagerie populaire française. Véritable patrimoine vivant, Christine veut réveiller, et pas seulement d’un baiser, cette belle endormie, ce cabinet de curiosités tombé dans l’oubli. 
 

Quel est votre parcours Christine? Pourquoi cet engouement pour la Maison images d’Épinal ?

Marketing, école de commerce, gestion de crise, conseil, fonds d’investissement et même réserviste dans la Marine nationale, j’ai travaillé dans un certain nombre d’entreprises. C’est pour l’une d’entre elles que je me retrouve un après-midi à Épinal pour auditer. La curiosité étant une de mes particularités je visite alors l’imagerie d’Épinal. J’en suis ressortie totalement éblouie. Le mot est faible. Abasourdie, j’entame une conversation avec la personne dirigeante de l’époque et m’étonne qu’un tel patrimoine ne soit pas dévoilé ou tout au moins exploité. Ces multitudes de gravures à usage populaire dans un style assez naïf dont Épinal a été l’un des centres de fabrication gisent là, abandonnées sans plus d’intérêt. Chaque élément de ma découverte est une œuvre d’art un trésor inestimable. C’est probablement ma détermination et mon énergie qui m’ont après de longues tractations (je vous passe les détails) désignée comme repreneuse d’un tel trésor. Ce ne fut pas chose aisée, car il y avait tout de même plus de 52 actionnaires. Mais je crois que mon coup de foudre et ma vision protectrice d’un tel patrimoine a joué en ma faveur.

Peut-on savoir plus précisément ce qui vous a séduit dans l’entreprise et vous a alors poussé au rachat ?

Première chose peut-être, il faut prendre conscience que ces images sont un art populaire né au XVe siècle. L’imagerie recouvre alors la production de gravure sur bois, ce que l’on nomme la xylographie. Le fonds d’archives est simplement étourdissant. C’est un savoir-faire artisanal et industriel d’excellence. J’ai par exemple récupéré plus de 1500 bois gravés à la main par les ouvriers de l’époque. Des bois dessinés à l’envers et colorés au pochoir. Chacune de ces pièces est une œuvre d’art. Des lithographies, images sur de la pierre. Le nombre vertigineux de 7000 pierres sur lesquelles les artistes ont dessiné. Trois ou quatre couleurs sont employées : le rouge, bleu, jaune et brun. Les campagnes d’Égypte, des scènes religieuses, les batailles napoléoniennes, les uniformes militaires, les évènements de la vie quotidienne du moment, des bestiaires, des animaux réels ou fantasmés d’Afrique, d’Asie, d’Orient. Bref une imagerie « Jules-Vernesque » propice à tous les rêves car c’est par l’image que passa longtemps toute forme d’éducation et de propagande. Ces dessins étaient surtout destinés au public illettré des campagnes. Vous imaginez le trésor.

 

Cela nous donne une idée des goûts et de l’imagination populaire. Comment garder cette manne enfouie ?

Concrètement comment cela s’est-il passé?

Nous avons fait une levée de fonds. J’ai une âme d’entrepreneuse. Puis nous avons sécurisé le bâtiment et le musée existant. Nous avons en moyenne 60 000 visiteurs par an dans notre atelier-musée. Ensuite il fallait un surcroît d’énergie et de vision pour pérenniser cette entreprise. Nous avons réfléchi au potentiel acquis et aux promesses possibles. Nous sommes allés au salon Maison et Objets. À partir de ce moment, nous avons mûri le fait d’une collaboration avec des architectes d’intérieur. L’une des trois branches de la nouvelle activité des Images d’Épinal porte sur l’édition de la décoration avec papiers peints et tissus d’ameublement destinés aux décorateurs. Petit à petit, d’autres idées ont germé. Avec un tel potentiel les idées sont aisées, le plus dur reste à les mettre en œuvre. Mais c’est une aventure palpitante. L’imagerie d’Épinal est la plus ancienne au monde. J’en ai des frissons quand j’y pense. Je me sens responsable de ce patrimoine inestimable. Ces années de sommeil profond me donnent une énergie redoutable. Je voudrais rattraper ces années d’endormissement. Ce merveilleux kaléidoscope d’illustrations doit retrouver ses esprits, ses couleurs et multiplier ses effets décoratifs à la fois naïfs et fascinants. L’inventaire des possibles est impressionnant. Décors panoramiques, papiers peints, coussins, calendriers, gravures, des livres albums….

Une stratégie pour relever l’entreprise ?

Nous avons choisi d’ouvrir un showroom à Paris. Nous sommes en association avec six autres manufactures pour mettre en valeur un savoir-faire complémentaire. Le souhait de boutiques à Paris, Londres, Bruxelles. Des artistes travaillent à nos côtés pour magnifier la matière première. Des collections lancées avec des marques connues telle que Clairefontaine dont le PDG est lui aussi originaire de l’Est ou la maison Hermès. C’est avec etoffe.com que la saison d’hiver conjugue en exclusivité images et papiers peints à l’adresse des professionnels et des particuliers. L’imagerie d’Épinal a été épargnée, protégée, muséifiée. Elle a longtemps décliné. Je veux lui redonner son souffle de vie. La réanimer. Je veux nouer mille partenariats avec des talents tous azimuts. 

Avez-vous une confidence à nous faire ?

Une belle endormie, il n’y a que dans les contes que c’est simple à réveiller. Il faut ménager les sensibilités et respecter cette belle entreprise. La nécessaire innovation doit être comprise par chacun à commencer par ceux qui vivent à Épinal. Il faut beaucoup d’énergie et de psychologie. Il faut donner une autre dimension à cette maison bicentenaire. C’est un travail de longue haleine. Si j’entends bien exploiter une partie de ce fonds, c’est empreint de respect de tous ceux qui ont contribué à ce patrimoine. L’imagerie d’Épinal n’est pas en quête de nouvelles couleurs, elle table sur ce trésor découvert sans vouloir le dévoyer aucunement. 

J’écoute impressionnée… C’est une battante. Souhaitons-lui belle réussite.


En attendant, il vous est permis de voyager aux confins du monde en admirant et en rêvant des scènes d’antan. N’hésitez pas c’est un trésor.


Par Laure de Roumefort
 

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