GERALD FRANZETTI

Dépoussiérer une technique ancestrale: le vitrail

Un peu beaucoup Parisienne, et tombée in love d’un basque surfeur, je viens de poser mes valises à Guéthary, où je viens d’ouvrir une galerie d’art. Ce matin un client rentre dans la galerie, et tombe amoureux d’un tableau. Mais sa demande est particulière : « Est-il possible de réaliser une telle œuvre sous forme de vitrail ?» Avec mon aplomb habituel, je réponds « Bien sûr ! » alors que je n’ai pas la moindre idée de la faisabilité d’un tel projet… Je suis dans la m**** !

Primo, j’appelle l’artiste, il est ok. Ouf ! Secundo, j’appelle mon chéri, qui a toujours une solution à mes problèmes. Et oui, parce que la Côte Basque regorge de vieilles villas avec des vitraux, il n’a qu’un nom à la bouche : Gerald Franzetti. Ni une ni deux, je le contacte. Son assistante me signale qu’il est à 12m du sol, en train de restaurer les vitraux de l’église de Cambo les Bains.

Impatiente comme je suis, je m’y rends immédiatement. Il va bien descendre à un moment ou à un autre. Je m’installe alors au café d’en face et le regarde travailler. Impressionnant : je vois un chat évoluer. 

Je profite de ce moment d’attente, pour chercher des informations sur le bonhomme. La première chose que je lis, est : « J’essaie de rester dans une quête de la perfection. Sans excès d’humilité, je me refuse à l’autosatisfaction. On peut toujours faire mieux ! » J’ai la même maxime, je sens qu’on va s’entendre !


Petit-fils d’immigrés italiens, il a grandi dans un univers artistique, et quand il était jeune, il travaillait dans un atelier d’émaux, où il fabriquait des bijoux qu’il revendait à ses copines pour se faire de l’argent de poche. Il a passé le concours de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’art, en même temps que son service militaire. Chose amusante, s’il y a été refusé à l’époque, 25 ans plus tard il y était examinateur. C.A.P. en poche, il s’installe sur la Côte basque, et je découvre qu’il a déjà travaillé avec l’artiste Zigor. Top ! Mon affaire semble bien partie.

Gérald finit par descendre de son échafaudage, et je découvre alors un homme passionné et attachant. Même pas agacé par ma précipitation, il s’assied à mes côtés et prend le temps de m’écouter. Je lui parle de mon projet, et il me dit que oui, c’est tout à fait possible, qu’il aime autant restaurer des œuvres, que créer des œuvres contemporaines.

« Du coup, la restauration n’est-ce pas frustrant ?
- Pas du tout, c’est un défi de restaurer à l’identique. Pour cela, je suis en opposition avec la convention de Venise, qui dit qu’on doit voir les différentes versions. La seule trace que je laisse de mon passage, est une signature sur chaque pièce refaite. Mais, la création m’intéresse tout autant, j’aime écrire de nouvelles histoires et j’aime surtout les vraies rencontres. »

Je le retrouve en fin d’après-midi à son atelier pour qu’il m’explique comment nous allons travailler.

« Premièrement, on va réaliser une maquette au 1/10, sur un carton, et dessiner le vitrail au fusain. Ensuite, je vais multiplier ce dessin avec du calque et du carbone pour le redessiner au trait. Ce dessin sera ensuite reporté sur du kraft, que je vais découper au ciseau à calibrer pour enlever l’épaisseur du plomb. Je prends ensuite les calibres qui correspondent à chaque pièce du vitrail, puis je découpe le verre à main levée. Une fois la découpe terminée, on peindra le verre avec de l’oxyde métallique, puis on le cuira à 600°C, pour fixer la grisaille (la peinture sur le verre) et cela deviendra inaltérable. Cette technique est inchangée depuis onze siècles. Comme quoi, à l’époque, ils avaient bien calculé leur coup. [sourire] »

L’œuvre que mon client a choisie, me paraît complexe vis-à-vis de cette méthode, mais Gérald me rassure, après 45 ans dans le métier, tout est possible, et nous pourrons travailler ensemble le motif. Mon projet semble lui plaire, et il m’avoue aimer les clients qui viennent avec une idée, car il doit ensuite faire correspondre la technique à leur projet et leur personnalité. Si c’est un métier difficile, il est tout aussi passionnant !

Par Camille Attack

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