CELINE LIARD

Fondation d'entreprise AG2R La Mondiale

9h du mat, comité de rédaction: distribution des cafés, des croissants et des sujets. Élevée à l’encyclopédie «Dis pourquoi, comment?», les sujets «Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur» sont pour moi. Le sujet de ce matin «Le monde des fondations d’Art» m’intéresse tout particulièrement. Ma cible: la Fondation d’entreprise AG2R LA MONDIALE pour la Vitalité artistique, qui vient juste de voir le jour. Je souris en moi-même, ça, c’est bien un titre à la Woody Allen. Je n’ai plus de souffle rien qu’en lisant l’intitulé. Ok pas très sportive… 

Petite recherche préalable sur internet: qu’est-ce qu’une fondation d’entreprise ? Un organisme à but non lucratif créé par une ou plusieurs entreprises afin de réaliser une œuvre d’intérêt général, selon un programme d’actions pluriannuelles. TOUT UN PROGRAMME!

Métro Saint-Augustin, ligne 9, me voici dans le 8ème arrondissement de Paris. Je me trouve face à un magnifique immeuble Haussmannien et dans le hall moderne plusieurs sculptures des artistes Laurence Dréano et Charles Stratos se font face : je suis au bon endroit.


Pour répondre à mes questions, Céline Liard Secrétaire Générale. 

Comment devient-on Secrétaire Générale d’une telle Fondation? 

Maîtrise d’histoire de l’art et Master 2 en Histoire et gestion du patrimoine culturel, spécialisation Mécénat d’entreprise en poche, je suis entrée en 2010 chez AG2R LA MONDIALE, groupe de protection sociale, pour rédiger les prises de parole écrites et orales du Directeur général, André Renaudin. Au bout de six ans, et après avoir exprimé le vœu de changer d’activité, j’ai eu l’opportunité de réfléchir à une politique d’engagement culturel. En effet, précédemment, les actions étaient très ponctuelles et très disparates… De cette réflexion est né le projet de créer une Fondation culturelle. André Renaudin collectionneur ayant une grande appétence pour l’art, a été d’un grand soutien dans la concrétisation de cette structure qui vient de célébrer ses deux ans d’existence.

Qu’est-ce qui pousse un groupe d’assurance comme AG2R LA MONDIALE à faire du mécénat? 

Pour le groupe La Mondiale, l’art, au même titre que le social nourrit sa dimension citoyenne, en contribuant à l’épanouissement de l’individu. Menant déjà de nombreuses actions dans le secteur social, il est finalement apparu pertinent de créer une Fondation d’entreprise dédiée aux arts et à la culture, structure juridique qui s’inscrit dans le cadre réglementaire du mécénat : une fiscalité spécifique permettant aux entités fondatrices de déduire de leurs impôts, 60% du montant des sommes qu’elles ont versées pour doter la Fondation. Parallèlement, lorsque cette dernière octroie un soutien à un porteur de projet, elle bénéficie en retour de contreparties en communication matérielle et immatérielle, dont la valorisation ne peut excéder 25% du montant du don. Exemple: apposition du logo sur tous les éléments de la communication, mise à disposition d’un espace à titre gracieux, billets de spectacles…

Comment définissez-vous le budget annuel de la Fondation?


Le budget a été construit sur cinq ans (durée de vie d’une Fondation d’entreprise), et cela grâce à la contribution de six entités assurantielles qui font partie du groupe : 3,7M euros au total. 

Quelles sont les limites de votre champ d’intervention?

Les trois grands axes de la Fondation sont: la préservation du patrimoine culturel régional, la valorisation de la création contemporaine, la promotion des métiers d’art. En parfaite adéquation avec la formule de Leibniz, « le présent est chargé du passé et gros de l’avenir », notre volonté : s’inscrire tour à tour dans la tradition et la modernité. 

Comment sélectionnez-vous les dossiers?

A l’aune de critères, aux premiers rangs desquels l’éligibilité du porteur de projet au dispositif juridique et fiscal du mécénat et bien sûr à notre ligne qui est à finalité exclusivement culturelle. Elle peut se résumer par la formule suivante : « l’art pour l’art » ! Pour le dire autrement, nous ne sommes pas dans ce qu’il est convenu d’appeler le « mécénat croisé », c’est-à-dire le culturel à finalité sociale ou autre… A cela s’ajoute aussi la dimension éminemment locale des projets. Nous n’avons pas vocation à rester dans le parisianisme… Concrètement, une association, un musée ou une commune porteurs d’un projet d’intérêt général peuvent s’adresser à nous.

Alors, quelle est la limite?

Dans le prolongement de ce que je viens de dire, la Fondation soutient des projets et non des structures. L’action doit être ponctuelle et limitée dans le temps, même si elle peut se mettre en œuvre dans la durée. Quant au plafond, il ne constitue pas une limite en soi… simplement, notre budget n’est pas extensible… Aussi, c’est à chaque fois une savante alchimie entre l’enveloppe dont nous disposons, l’intérêt du projet et sa dimension territoriale qui est opérée lors de l’attribution du don par le Conseil. 

Je vous fais passer un dossier pour restaurer le vitrail d’un château, que se passe-t-il?

 

Dans ce cas, je le transmets pour instruction au directeur régional, qui est mon interlocuteur sur le territoire concerné par le projet. Lorsque je peux le valider, il le présente alors aux représentants politiques du Groupe en régions. Si ceux-ci retiennent le projet, je peux le présenter aux membres du Comité de sélection de la Fondation puis au Conseil d’administration qui arbitre entre les différents projets et arrête le montant des dons. Il peut décider d’allouer 100% de la somme demandée ou une somme inférieure… Quand un projet est accepté, une convention de mécénat est signée avec son initiateur pour en préciser les tenants et les aboutissants. Jusqu’à présent, près de 200 projets ont été identifiés, seuls 54 dossiers ont été retenus en régions et 34 ont reçu un soutien de la part de la Fondation. S’agissant du Conseil d’administration, il est composé de 36 membres : 20 membres fondateurs, 4 salariés de l’entreprise, 12 personnalités qualifiées. S’ajoutent 3 invités, membres du Comité d’orientation. Chacun se détermine en fonction de sa personnalité, de sa sensibilité et de l’émotion que chaque projet suscite en lui. Les échanges en Conseil sont denses et fructueux, chacun écoutant l’autre avec attention et bienveillance.

J’imagine que vous devez être sensible à certains projets plutôt qu’à d’autres, pouvez-vous mettre en avant vos chouchous?


Non, jamais!!! Je me l’interdis. Ma voix ne compte pas ; j’observe une parfaite neutralité. Le Conseil d’administration est souverain dans ses choix.

Quels sont les projets qui vous ont marquée ?

La transcription en tapisserie d’Aubusson de deux aquarelles de J.R.R. Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux, dans le cadre de la tenture « Aubusson tisse Tolkien », l’octroi de bourses d’études à des jeunes talents suivant des masterclass en partenariat avec l’Académie internationale d’été de Nice et la restauration du Grand lustre du Théâtre de Saint-Omer.

Intervenez-vous seulement financièrement, ou êtes-vous aussi dans l’action?

[Céline me répond d’une traite] Pas de mécénat de compétence, notre soutien n’est que financier. Et j’ajouterai une règle d’or: interdiction pour nous d’intervenir dans la conception et la réalisation des projets. Chacun sa place, chacun son rôle y compris dans le dispositif de communication : nous nous chargeons de faire connaître nos actions en interne ; le porteur de projet s’occupe pour sa part de la communication externe. 

Que souhaitez-vous à la Fondation pour le futur?

Maintenir la cadence, et que la Fondation s’installe dans le paysage culturel. J’aimerais également qu’elle puisse continuer d’accueillir de beaux projets participant pleinement au rayonnement des territoires.

Par Izzy Détective

Portrait par Léa Darmigny

Tapisserie Bilbo comes to the Huts of the Raft-Elves, d'après J.J.R Tolkien, Tissage Atelier A2 et Françoise Vernaudon, 2018, collection Cité internationale de la tapisserie, Aubusson, photographies Nicolas Roger

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