DIDIER POUPARD

Un expert en photographie à l'époque d'Instagram

Je m’interroge, depuis longtemps, sur la place de la photographie dans le milieu de l’art, et sur ces photographies qui aujourd’hui, sont si faciles à reproduire. Pour répondre à mes questions, j’ai le plaisir de rencontrer Didier Poupard, expert auprès de la Maison Pierre Cornette de Saint Cyr.

Comment devient-on un expert en photographie?

Ce n’est pas un métier que l’on apprend, on le devient par hasard, avec le temps et l’expérience.

Au départ, j’étais l’agent d’une trentaine de photographes de mode pour des maisons tel que Dior, Yves Saint Laurent et des agences de pub dont L’Oréal. Par la suite, j’ai commencé à exposer certains de mes photographes à Paris, c’est ainsi que j’ai rencontré Pierre Cornette de St Cyr. Quand il s’est installé au 6 Avenue Hoche à Paris, il voulait développer un département photo dans sa Maison de Ventes et a fait appel à moi.

 

A quel moment la photographie est devenue une œuvre d’art au même titre que la peinture ?

Je considère que la photographie a toujours était une œuvre d’art sur le plan créatif, cependant en terme de prix, cela remonte aux années 1970, 1980. Un grand format d’Helmut Newton qui s’achetait 5000$, se revendait 300.000$ dix ans après.

 

Comment procède t-on aujourd’hui pour certifier une photographie ?

Je suis un adepte des tampons spécifiant l’année de création, le cachet copyright, avec le nom du studio, la date de prise de vue, des titrages des œuvres, de la numérotation, de la signature, le plus souvent derrière la photo. Plus c’est complet, plus c’est répertorié et plus c’est tracé. A partir du 100x80cm, il faut contre-coller car la photo peut gondoler, et donc certaines peuvent être signé devant. Un tirage d’artiste doit être fait juste après la prise de vue, mais on accorde en principe deux à trois ans de plus, en pratique. Il peut aussi y avoir par la suite, des tirages d’exposition par un laboratoire certifié, pour une fondation (c’est tirage se vendront bien sûr moins cher que ceux de l’artiste). Les négatifs, même si le nombre d’exemplaires vendus est atteint, ils ne sont jamais détruits.

Sur une série de 2000 photos, le photographe en trouvera peut-être 50 de bonnes et décidera de les commercialiser. Mais si les 2000 photos sont différentes, il peu commercialiser les 2000, même si les différences de l’une à l’autre sont infimes.

Pour acheter une photo, il faut une belle provenance, avec des garanties d’authenticité, de certificat d’authenticité.

Le support n’influe pas théoriquement sur le prix. Impression sur Dibon, papier d’art ou digigraphie. Mais il faut que le support témoigne de l’époque de l’artiste. Newton, par exemple c’est uniquement sur papier d’art.

Quelle photo auriez-vous aimé prendre ?

Toutes les photos de Lillian Bassman. C’est la photographe dont je me sens le plus proche.

Qu’est ce qui fait une bonne photographie pour vous ?

Une photo qui fait le consensus, due au sujet qui plaît. Une photo qui fait rêver.

En tant qu’agent, quelle est votre plus grande fierté ?

D’avoir pris du plaisir dans les plus grosses galères (sourire). 30 artistes, 3,4 assistants. Beaucoup de voyages, beaucoup de contraintes… Les artistes demandent beaucoup d’attention. Ma vraie satisfaction : j’ai adoré me mettre à leur service. J’ai été l’agent de Bettina Reins pendant plus de 10 ans.

Comment expertise t on une photographie ?

La démarche est de contacter, les assistants, les galeristes, les gens qui ont côtoyé le photographe. Tout le milieu se rend service. Au premier regard je sais. Les signatures sont essentielles, si elles n’y sont pas c’est la que je m’inquiète.

 

Que pensez-vous des photographies retouchées ?

La retouche ne me dérange pas, s’il s’agit d’une œuvre art ou prétendue artistique, même si la photo est très retouchée, dans la mesure où s’est la volonté de l’artiste. La retouche pour une photo de publicité, oui cela me dérange.

 

Comment pensez-vous que le monde de la photographie va évoluer, eut égard à Instagram, où tout un chacun peut se pendre pour un photographe ?

Avec le numérique, une bonne photo est quelque chose dont tout un chacun est capable. Ce qui va différencier un photographe, c’est que lui sera capable, par la technique, de créer dix bonnes photos, avec un style identifiable, et qu’il pourra répéter cette action mainte fois. Chose que ne sera pas capable de faire tout un chacun.

Par Karine Dunesme 

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