DITA VON TEESE

Par Christophe Mourthé

Ce soir, dîner chez un nouvel ami de mon chéri Antoine. Un artiste ! Voilà qui me changera de l’univers du barreau ! Sur la table basse traîne un livre d’art dont la couverture m’intrigue. Cela ne se fait pas de bouquiner quand on est invitée, mais je louche littéralement dessus. Ne serait-ce pas Dita von Teese en couverture ? Sans coller mon nez dessus, (ah ces fichues lunettes de près dont on ne peut plus se passer), je n’arrive pas à dire si c’est elle ou pas. Et comme un nom qu’on cherche et que l’on arrive pas à trouver, cela tourne à l’obsession. Je ne peux décrocher mon regard de cette couverture. J’ai beau plisser les yeux rien n’y fait. On finit pas me demander si j’ai un débris dans l’œil. Et flûte ! Je prends le livre dans les mains : « Ne serait-ce pas Dita von Teese ? » 


-    Bien vu, c’est elle.
-    Et ce sont vos photos ?
-    Mais oui.


Du coup, je me lance dans le feuilletage du livre, ne pouvant plus résister. Les photos sont sublimes !!!!!! J’ai presque du mal à la reconnaître, c’est vraiment incroyable ! Je suis polie, je ne ferai pas d’interview ce soir, mais RDV est pris sur le champ : je veux tout savoir ! 

Christophe Mourthé, qu'est-ce qui vous attire chez un modèle et vous donne envie de le photographier ?

C’est toujours un coup de foudre, du moins en ce qui concerne les muses majeures.
J’ai une âme de pygmalion. C’est tellement gratifiant de faire éclore une femme comme une rose sous les lumières.

En tant que photographe, comment trouvez-vous votre place vis-à-vis du sujet? Comment faites-vous ressortir le « moi », l'intime?

Il faut aimer dès le départ le sujet. Les femmes le sentent. Une confiance doit s’établir, elle est indispensable. La femme doit se sentir désirable à ses yeux et non aux miens. Les femmes doivent décider. J’aime cela. Cela les rend fortes.

Comment en êtes-vous arrivé à définir l’identité visuelle de certaines femmes ?

J’ai un idéal de femme parfaite, je suis très exigeant comme devrait l’être chaque femme pour elle-même.
Mes compagnes en souffrent d’ailleurs, car mes regards en disent plus long que mes paroles. 


N’est-il pas honorable de ne vouloir que le meilleur pour la Femme? 

Comment procédez-vous ? Quelle part laissez-vous au naturel ?

Le naturel des sentiments ne ment jamais. Il est essentiel. Et comme je suis un instinctif…

Qu’est-ce qui vous a inspiré chez Mylène Farmer ou Dita von Teese ?

Elles sont venues me chercher toutes les deux. L’une est une femme enfant fragile, l’autre est une femme  assumée dans sa féminité absolue. Elles étaient à la recherche du beau, de la lumière, du rêve. Nous avons su créer l’osmose parfaite qui nous inspira tant d’images.

Les photos de Dita sur votre livre sont justes sublimes et inouïes ! On a sur certaines du mal à la reconnaître tellement vous montrez d’autres facettes d’elle. Comment s’est faite cette séance ?


Je déjeunais avec Dita à la Closerie des Lilas. Elle était magnifiquement vêtue de noir, style années 50, chapeau à voilette, talons hauts et bas de soie.
Nous avions bu un bon vin. Elle me demanda de l’emmener voir la tombe d’Oscar Wilde au Père Lachaise.
J’avais une caméra et un appareil photo dans la voiture. Notre promenade fut romantique.
Je filmais notre visite, la sienne, tel un œil indiscret sur une américaine à Paris.
D’Oscar Wilde à Victor Noir, il n’y avait que quelques tombes. Je lui fis découvrir le fameux gisant de ce dernier, lui racontant l’histoire de ce journaliste mort à 21 ans.
Le vin aidant, elle laissa voyager sa sensualité, mimant une de ces femmes cherchant la fertilité. 
Je laissais aller mon inspiration. Celle que Dita von Teese au sommet de sa beauté m’offrit.
Ma Muse était LA muse.

Qu’apporte la photographie dans votre vie?

La photographie m’a épanoui dans ma façon de connaître et d’aimer  les femmes. Je n’ai cessé d’être en quête de mon idéal féminin avec cet art devenu majeur. 
À travers la photo, j’ai toujours cherché à remercier les femmes de l’amour qu’elles m’avaient donné quand j’étais un petit garçon en culottes courtes que ce soit dans mes rêves d’enfant ou dans ma vie d’adulte. 

Qu'est-ce que la femme représente pour vous? 

Tout le bonheur d’une vie.
J’ai surtout été  élevé par la jeune sœur de ma mère, et j’ai ainsi passé ma tendre enfance auprès d’une femme en cuissardes ou escarpins parisiens, blonde à croquer ressemblant à Sharon Tate ou Mireille Darc.
Mes héroïnes de films étaient Ursula Andress, les « Hitchcockiennes » Grâce Kelly et Eva Marie Saint, puis Angie Dickinson, Jane Fonda, Ava Gardner, Lana Turner, Gene Tierney, Hedy Lamarr. La liste est longue !
Les femmes de ma vie ont été des muses idéales me permettant tous les terrains de jeux de près ou de loin. 
Il y a toujours une femme derrière un artiste. 
Elle le protège, l’aide et l’élève. Pendant ce temps, il expérimente sa vie d’Artiste.

Que vous ont apporté les années Palace?

Elles furent  déterminantes pour un certain nombre d’artistes dont je fais partie, les Louboutin, Pierre et Gilles, Chantal Thomas, Mugler, Houellebecq, Ardisson, Lagerfeld et quelques autres que nous sommes, car nous  avons vécu les dernières années de liberté érotique, quel privilège ! Notre art a été modifié dans son ADN à cause de ces 5 années de liberté majeure, l’apogée du Peace and Love des années 60, accès illimité à toutes nos fantaisies et expériences diverses, pilule incluse et surtout, les dernières avant que le rideau de fer appelé SIDA clôture nos années de sexe et d’insouciance.

Quelles ont été leur influence sur votre travail?

Ces années ont fait ressurgir du plus profond de mon être, les influences « érotiques » qui étaient ancrées en moi depuis mon enfance. Mon éducation auprès des femmes que je regardais du coin de l’œil.

Qu’est-ce qui vous inspire dans la vie ?

J’aime le beau, ce qui donne des émotions et de la vie, les rencontres humaines, ce qui fait vibrer et qui permet de réaliser des challenges, de s’évader. Ce qui permet de faire rêver les autres.
C’est un pouvoir extraordinaire de donner l’illusion, le rêve, le désir…
C’est une  force d’être passionné et d’avoir la capacité de transmettre des émotions. 
Seuls, les artistes ont ce pouvoir. C’est unique !

 
Quels photographes vous ont inspiré ?

Newton et Bourdin dont je pourrais être l’enfant. Ce mélange subtil de rigueur et de folie.
Un jour, Newton lors de l’un de ses vernissages auquel j’étais convié m’a pris par l’épaule et m’a dit «  Continuez votre voie, j’aime beaucoup ce que vous faites et votre façon de le faire ». C’était un compliment tellement sincère, tel un père spirituel. Je n’oublierai jamais !  C’est comme si je venais de recevoir un césar de la photo !!

 Selon vous, qu’est- ce qui rend une photographie immortelle ?

C’est d’une fragilité absolue. On ne peut jamais le prévoir. Une image devient immortelle car elle a la puissance du rêve et de la magie réunies, d’une histoire vécue ou à vivre dans un imaginaire infini, mais elle doit parler aux plus nombreux. 

Qu'est-ce qu'une photographie réussie selon vous ? 

Celle qui me transcende. Celle qui nourrit mes passions. 
On la sent en nous quand on appuie. Elle est là. Devant nous. Tous les paramètres sont au rouge. Mes pieds ne touchent plus le sol.
C’est imperceptible par l’entourage, mais vous, vous savez que c’est la bonne. Comme une mélodie ou un coup de pinceau. 
 

Aujourd'hui encore, au travers d'Instagram, on perçoit la puissance du médium "photo". 

Je trouve que la photo se banalise de nos jours. Trop de médias. Trop de photos. Moins de moments d’exception. La technique est devenue trop facile. Heureusement, l’œil, lui ne ment jamais. Il permettra peut être de sauver l’essentiel.

Pourquoi selon vous la photographie a un rôle si important dans nos vies?

On est devenu égocentré. La société change et tout le monde vit pour soi. C’est terrible. On est voyeur de soi, de tout et de rien et les vrais sentiments disparaissent. Les valeurs aussi. Une photo dure le temps qu’une autre prenne sa place. Il ne reste plus rien. On ne fait plus d’album dans nos vies privées. Tout est numérisé depuis 2000. Il ne restera rien de ces générations.


Et aujourd’hui, quel est votre rêve pour demain ?

Il faut que le rêve puisse continuer toujours... Que la magie  soit éternelle.
Je cherche celle qui sera différente, celle qui me fera à nouveau rêver, m’évader dans mon art, ma créativité. 
La prochaine muse à éclore sous mes lumières. Une autre rencontre ou un autre sujet qui me permettra de continuer la magie. 
Ne pas s’éteindre. La passion ne doit jamais mourir. C’est essentiel !

 

Par Pauline Borghèse
 

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