BRUNO FABBRIS

Un peintre photographe

Génialissime artiste !!! Extrêmement génial. J’entends déjà les protestations véhémentes de l’artiste Bruno Fabbris que j’ai la joie de rencontrer et avec lequel je vais échanger. Celui pour qui créer est de l’ordre de l’émotionnel, une deuxième respiration. Je savoure ce moment d’entretien et tente d’ordonner toutes les questions qui se bousculent dans ma tête.


Bruno Fabbris est un photographe et un artiste français. C’est en premier lieu la peinture qu’il étudie dans les ateliers d’Art parisiens puis tout naturellement il se tourne vers la photographie d’art argentique en noir et blanc. Désormais sa démarche artistique s’écrit plutôt en noir, gris et brun. Il capte des femmes vêtues de tenues coutures pensées par une styliste dont il ne tarit pas d’éloges, Nathalie Rutili. Confidences d’un voleur d’instants, d’un sculpteur de lumière et de la beauté intime et atemporelle que recèle chacune de ses modèles. Se sont des scènes d’une élégance toute paradisiaque où des muses habillées flottent dans un univers totalement émouvant. Peinture ? Photographie ? Notre artiste oscille entre ces deux mondes, il les confond et peint ses photographies à l’aide d’un pinceau très fin. Secrets d’un prestidigitateur.

Comment traitez-vous la lumière dans vos photographies ?

Ce n’est pas à proprement parler à la lumière que je pense lorsque je travaille. Je ne recherche pas les effets particuliers. La sobriété est de mise pour estomper la clarté et ne se focaliser que sur le sujet que je veux magnifier. Je recherche avant tout une forme de simplicité. Épurer et ne garder que l’essentiel. La luminosité doit se faire discrète et révéler le modèle.

Votre démarche artistique s’inscrit dans un camaïeu de brun, noir et gris, qu’elle en est la raison ?

Au commencement je travaillais en noir et blanc et puis le monochrome. Le brun le noir et le gris me permettent de colorer mes personnages succinctement sans agressivité aucune. C’est mon goût du moment et les tenues si raffinées de Nathalie s’y prêtent bien. J’ai tâtonné et cette image est venue toute seule.

Avec une ambiance quasi-céleste. Le paradis vous attire-t-il ?

Toute personne qui touche au domaine de l’Art veut créer son propre paradis. Un jardin céleste où le beau règne où le bonheur, la félicité sont de règle. L’Art n’est-ce pas magnifier les choses ? Le beau apaise. L’Art peut-être un refuge, un havre de paix où artistes et spectateurs peuvent se reposer.

Vous travailler avec une styliste Nathalie Rutili dont vous aimez le travail. Qui influence l’autre ?

Je travaille avec Nathalie depuis 1995. Vous voyez le temps n’a pas altéré cette collaboration. C’est un véritable duo. Nous sommes complices dans notre démarche. Nathalie a l’art d’accessoiriser les modèles. Elle couvre et habille des silhouettes aux personnalités diverses. Les corps sont habillés de kraft, papier de soie et carton inspirant ainsi des scènes d’une élégance presque couture. Ces filles de papier, ces muses aux corps voilés, dévoilés flottent dans un univers quelque peu ouateux. Nous trouvons toujours un point d’entente dans le travail qui est le nôtre et c’est à ce moment que nous savons que c’est le bon moment. Je suis un peu comme un chef d’orchestre qui ne peut travailler seul. Nos deux imaginaires se complètent. C’est un travail de symbiose. Le résultat est là.

Vous travaillez en studio. Est-ce de votre part une volonté de tout maîtriser ?

J’ai effectivement la chance de travailler dans mon propre studio depuis le commencement. C’est un choix personnel. Je construis mon sujet. Je cadre. Cela correspond probablement à un trait de ma personnalité.

Vous dites « peindre avec un appareil photo »?

La peinture c’est ma formation initiale. J’ai conscience que la peinture doit très certainement influencer mon travail. La peinture est un travail de construction. Les cours de peinture et de dessin que j’ai suivis aux ateliers d’Art de la ville de Paris ont été très formateurs et une très bonne école pour l’étude de la composition et de la couleur. C’est un moyen d’expression qui par le jeu des couleurs et des formes sur une surface, tend à traduire une vision personnelle. Retenir indûment les regards. J’imprime mes photos sur papier mat ce qui renforce le côté poudré et rapproche alors mon travail de la peinture. Je suis comme un peintre dans ma façon de procéder. Une première ébauche et je reviens sur mon travail. Je ne fais pas de retouches sur mes photos ou très peu, mais je travaille la chromie, l’indice des couleurs. J’ai une palette de photographe et je travaille et retravaille à chaque nouveau tirage.

Quand avez-vous su que vous aviez votre propre signature ?

C’est un travail de longue haleine. Au fil des séries que j’ai faites avec Nathalie. J’ai vu alors une certaine forme de cohérence. Une certaine spécificité. Un point d’équilibre. Difficile de vous donner une explication tangible. C’est une satisfaction très humble après des heures de travail. Une respiration apaisée.

Que cherchez-vous à travers la photo ?

La découverte. Ce que je n’ai pas prévu initialement. Une révélation. Un modèle reste un modèle, cependant je veux capter même furtivement la sensibilité de la personne que je photographie. Une expression, un regard. Une certaine immortalité. Voler du temps au temps. D’où peut-être mon goût des matières improbables. Je veux magnifier le modèle, le sculpter. J’ai un besoin de me dépasser. 
Mon originalité en collaboration avec Nathalie est d’anoblir des matières comme le kraft, le tulle… et bientôt peut-être le plastique qui d’un point de vue écologique devrait disparaître. D’un rien nous créons le beau.

Comment choisissez-vous vos modèles ?

Je travaille exclusivement avec des mannequins professionnels. Il m’arrive de faire des castings ou de faire appel à des filles que je connais par le biais de ma carrière dans le monde publicitaire. C’est très subjectif et mon œil aiguisé de photographe me permet de reconnaître le modèle qui me sied et je peux alors entrer dans le vif du sujet. L’émotion d’un visage, d’une expression, d’un corps me touche davantage que l’effet d’un ensemble tendance. J’aime la précision du travail de la lumière sur le corps et la peau. Je cherche à capturer l’émotion pure d’un corps ou d’un visage dans toute sa simplicité. Instant unique. Il faut évidemment établir un rapport de confiance avec son modèle, l’impliquer dans sa créativité, être vigilant et créatif pour capter l’instant sacré. C’est le modèle par sa présence qui donne toute la consistance de l’image. C’est une alchimie qui s’opère. Différents éléments qui produisent un résultat étonnant.

Qu’est-ce qui vous a le plus appris ?

Sans doute mes erreurs. J’ai cherché à tâtons. Après la peinture, quand je me suis tourné vers la photo, j’ai essayé frénétiquement toutes les techniques pour trouver ma voie. J’ai cherché quelquefois à reproduire pour apprendre. Je voulais tout explorer, tout maîtriser. Aujourd’hui comme un bon vin qui se bonifie, je travaille dans une lumière très simple, très naturelle. Je suis peut-être plus posé.

Et pour demain, quels sont vos rêves ?

Toujours plus d’inspiration, d’inventivité, d’audace pour pousser mes limites. J’aimerais prendre toujours autant de plaisir dans ce que je fais. Vivre intensément ces moments d’émotions dans le métier qui est le mien et les partager. Célébrer, louer, idéaliser, enflammer même mes personnages éclectiques de haute couture. Partager ces bons moments avec Nathalie et d’autres qui me permettent de faire ce travail.

 

 

Par Laure de Roumefort

Retrouvez les oeuvres de Bruno Fabbris à la Elka Bronner Gallery à Guéthary et découvrez toutes son oeuvre sur www.elkabronnergallery.fr

site bandeau.jpg

Pour les addicts du papier, les amoureux du facteur, et du courrier tant attendu, LIFE IS ART lance son abonnement!
 

Faites de votre boîte aux lettres un écrin d'épicurisme et d'art quatre fois par an.

LIFE IS ART reste gratuit, seuls les frais d'envoi sont à votre charge.

 

Life is Art,

dans votre boîte aux lettres.

 

© 2018 LIFE IS ART MAGAZINE édité par SARL Lodiska - 45 cours de la Libération - 33000 BORDEAUX - FRANCE