BETONY VERNON

Artiste et anthropologue sexuel

J’ai fait ta connaissance il y a six mois et j’ai été subjuguée par ta personnalité et ce qui t’anime. J’ai l’opportunité de faire partager cette rencontre aux lecteurs de Life Is Art, et c’est donc avec un immense plaisir que j’échange à nouveau avec toi. La dernière fois que nous nous sommes vues, tu portais un magnifique déshabillé crème, aujourd’hui je te découvre en tailleur trois pièces Yves Saint Laurent…

Mon tailleur vintage préféré.

Tu portes un prénom rare qu’on ne peut oublier, lié à la passion de ta mère pour les fleurs. Pourquoi a-t-elle choisi cette fleur plutôt qu’une autre ?

Elle a choisi la Betony pour son immense pouvoir, car c’est une fleur qui a longtemps été considérée comme magique pour la guérison et la protection. 

Je considère que les prénoms influencent nos destinées, en ce qui te concerne, c’est une vraie réalité !

Ma mère pensait comme toi ! Mais enfant, étant rouquine, j’aurais rêvé d’avoir un nom plus commun, comme celui de ma mère, Ann. Et je dois à mon père, passionné par le travail du bois, mon amour des métiers d’art dès mon plus jeune âge.

Lors de notre dernier rendez-vous, après avoir sonné et traversé l’arrière-cour, ouvert les épais rideaux de velours vert, découvert ton atelier, ton univers… Tout cela a résonné en moi comme un rituel. J’ai eu l’impression d’être une privilégiée qui accédait à une alcôve inaccessible et mystérieuse. Ce rituel fait-il partie de l’expérience que tu souhaites transmettre? Pour te reprendre « rituel, notion essentielle séparant le profane du sacré, l’ordinaire de l’extraordinaire. »

En effet, tu es une privilégiée! Mon espace n’est pas ouvert au public. Il faut toujours prendre rendez-vous. C’est vrai que tout dans ma vie est un peu ritualiste et éloigné  de tout ce qui est ordinaire. J’invite chacun à apporter le sacré dans sa vie quotidienne. Cela nous aide à rester dans le présent et rend la vie, sexuelle mais pas seulement, mille fois plus intéressante. 

Quel a été le moment de ta vie qui a initié ta carrière ?

Inspirée par une édition des années 1950 de l’Histoire d’O d’Anne Desclos, j’ai conçu en 1992 une famille d’objets que j’ai appelée « Sado-Chic ». La collection comprenait une bague et un bracelet reliés entre eux par une chaîne amovible. L’ensemble devait être porté, non pas individuellement, mais par deux personnes en même temps. La première fois que j’ai expérimenté cette connexion, où mon ami portait la bague enchaînée à mon propre bracelet « Sado-Chic », j’ai immédiatement pris conscience de l’impact psychophysique créé par ce lien, même symbolique. Nous étions tous deux imprégnés d’un sentiment d’intimité profonde, de connexion, d’appartenance à l’autre, et de contrôle en même temps. Cette expérience a marqué le début de ma fascination pour le pouvoir des objets, celui qu’ils ont de renforcer et de modifier la façon dont nous nous lions à nous-même, aux autres, ainsi qu’à l’espace qui nous entoure. La collection « Sado-Chic » marque aussi le début de ma carrière dans l’univers sexuel.

Quels sont les objets que tu affectionnes le plus, dont tu es la plus fière ?


Mes anneaux pour le massage intime et sensuel, Double Sphère, String of Pearls et Petting Ring, ainsi que mon Love Lock Collier.

J’ai vu tes bijoux portés par Angélina Jolie, Lady Gaga, Cara Delevingne ou encore Anja Rubik… Il y a une rencontre qui t’a touchée plus qu’une autre ?

Toutes les rencontres sont spéciales. J’adore mon travail car il a la particularité d’attirer des gens d’univers et de lieux très différents.

Tu es aussi anthropologue et tu défends une sexualité libre. Pour toi, la sexualité n’est plus taboue mais le plaisir avec toutes ses nuances, oui. Est-ce cela qui t’a poussée à écrire « la Bible du boudoir »?

Face aux interrogations de mes collectionneurs, j’ai ressenti le besoin de parler de mon travail, de m’adresser à un public plus large, c’est ainsi qu’est née «La Bible du Boudoir – Guide du plaisir sans tabou» qui est aujourd’hui un Best-seller du plaisir érotique en France.

« 50 Nuances de Grey » a été écrit par une de tes élèves. Quel rôle as-tu joué dans la rédaction de ce livre ?

E.L. James fréquentait régulièrement mes conférences à la Soho House à Londres au début du siècle. Tout le monde me dit qu’elle s’en est bien inspirée. Et toi ? Qu’en penses-tu ?

Je pense que la pièce secrète dans le livre est une allégorie de ta Boudoir Box dont tu ne te séparais jamais à cette époque. [sourire]

En tant qu’anthropologue sexuelle quelle est ta mission ?

Donner aux femmes et aux hommes une connaissance profonde de leur sexualité, de leur corps et de l’importance que joue le plaisir dans leur vie en général.

Quelles méthodes utilises-tu?

Ma méthode et une célébration de l’amour, de la jouissance et de l’intimité. Le « Theta Rig » est l’une de mes nombreuses méthodes, développée après des années de recherche.

Kamel Daoud a dit «l’érotisme est la religion la plus ancienne». Qu’en penses-tu ?

Je suis tout à fait d’accord avec lui. Le sexe sans inhibition et la transcendance vont de pair.

Tu dis : « Comprendre sa sexualité, c’est se comprendre soi-même ». Dans le contexte actuel, remettre le plaisir au centre du débat, serait-il le moyen d’avoir une société plus satisfaite et plus épanouie avec moins de conflits ? L’art du sexe passe par le savoir, penses-tu qu’il serait possible d’enseigner et de démocratiser une science du plaisir ? 

Je crois que nous avons longtemps confondu mystère sexuel et ignorance sexuelle. Avec mon travail, je cherche à comprendre ce mystère, qui maintient avec lui le tabou du plaisir. Une vraie connaissance du corps, sur l’étendue de sa capacité à nous offrir du plaisir, démocratiserait son importance dans nos vies. L’art d’aimer l’autre repose sur l’amour de soi. Si nous faisons de l’amour une priorité à chaque instant de la vie, tout le reste se met en place naturellement. Notre bien-être sexuel est in-dissociable de notre bonheur quotidien.

En référence à ton happening « Theta Frequency Session # 1 » au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (28 septembre 2017), et dans cette optique, l’art peut-il être utilisé comme un médium pour enseigner et démocratiser une science du plaisir ? 

Oui, pourquoi pas. L’artiste a le droit de traiter des sujets qui sont habituellement considérés tabous. En les inscrivant dans un contexte créatif et institutionnel, cela ne peut qu’aider à démocratiser le sujet du sexe et du plaisir. Vive l’Art !

Par Elka Leonard

Les bijoux de Betony ont été exposés à la Triennale du Design à Milan, au Victoria et Albert Museum de Londres, au Mudac de Lausanne.

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