BERNARD MAGREZ

Entre amour et passion pour l'Art

On ne vous présente plus, vous êtes un collectionneur intrigant avec à la fois vos 42 domaines viticoles et une collection d’art de plus de 400 œuvres. D’où vous vient votre passion de collectionneur, et en particulier pour l’art ? Qu’est-ce que l’art vous apporte dans votre vie, est-ce fondamental pour vous ? 


Tout a commencé quand j’étais jeune, j’étais fasciné par Van Gogh, à la fois pour sa peinture et pour sa vie tumultueuse. Il a eu selon moi, une vraie vie d’artiste. Je me rends régulièrement au musée d’Orsay à Paris pour admirer ce chef d’œuvre hors du commun qu’est La nuit étoilée. 
En 1993, j’ai rencontré par hasard le peintre Bernard Buffet. Je ne vous cache pas que j’ai aimé l’homme avant la peinture, c’était un homme compliqué, qui voyait la vie à 360 degrés, rien ne lui échappait dans l’approche de la vie. Il a vécu des choses difficiles en France mais au Japon il était considéré comme un dieu. C’est lui qui m’a mis sur le chemin de la peinture après m’avoir fait comprendre son processus de création, « ses verticalités » et ses couleurs, couleurs où il exprimait son regret sur la vie. Il aurait voulu que la vie se passe différemment, le rapport avec les hommes, le rapport avec la nature… Vous retrouvez toutes ces émotions dans ses œuvres.

 

La rumeur dit qu’une année, votre ami François Pinault s’est fait passer pour un employé d’Art Basel afin de dénicher des pépites avant l’ouverture de la preview … Où repérez-vous les œuvres que vous achetez ? Quels sont les critères qui vous décident à acheter une œuvre ? 

François se débrouille toujours pour y aller avant tout le monde, c’est extrêmement facile pour lui, il n’a même pas besoin de se déguiser. [sourire]
Personnellement, j’achète beaucoup aux enchères nationales et à l’étranger : je reçois les catalogues, ou je regarde sur les sites. Je choisis les œuvres qui me procurent de l’émotion. Malheureusement, il arrive qu’il n’y ait pas tout à fait adéquation entre la photo et l’œuvre réelle et j’ai quelquefois de fortes déceptions. Malheureusement, je ne me déplace pas assez pour ma passion car je suis déjà très engagé dans mon travail. J’achète en galerie également et à certains artistes qui me sollicitent. Ma plus grande satisfaction est « d’aider l’autre» avec un grand A, dans l’art comme dans d’autres domaines.
Je ne fais pas appel à des conseillers ou à des experts, seule l’émotion me guide. Peu m’importe le nom de l’artiste. 

Qu’est-ce qui vous pousse à acheter, l’œuvre ou l’artiste?
 
Le mal des collectionneurs est souvent de devenir proche de l’artiste car il y a une affection profonde à la fois artistique et humaine qui se crée, qui influence vos choix. J’ai fait des erreurs en achetant des œuvres liées à des personnalités qui m’ont séduit, et non liées à une émotion réelle. Les collectionneurs doivent se méfier de ça. 

Jusqu’où êtes-vous capable d’aller pour une œuvre? 

Lorsque je tombe amoureux d’une œuvre qui a déjà été acquise par quelqu’un, je ressens une telle frustration que j’ai l’impression que l’on me vole mes émotions. Il m’est arrivé de racheter une œuvre à un ami, ou de contacter l’artiste en lui demandant de retranscrire sur un tableau l’émotion qui m’a tant plu. Le regret est plus fort que le succès. 

On a pu lire dans les Echos « Ces collectionneurs tout-puissants qui règnent sur l’art contemporain. » et le marchand Emmanuel Perrotin le reconnait également « ce ne sont plus tant les musées et les critiques d’art qui font la côte des artistes que les collectionneurs avec quelques galeristes ou maisons de ventes internationales ». Qu’en pensez-vous ?


Je n’aime pas parler de cela, mais effectivement il y a des modes dans le monde de l’art, accompagnées par des galeristes et des maisons de vente, mais heureusement si le collectionneur est « adulte » il ne se laisse pas aller à ces effets de mode. 
Acheter de l’art n’est pas mon métier, j’achète uniquement parce que cela me fait plaisir. Je garde toutes mes œuvres, je les place dans les réserves et les présente selon les expositions. Je suis un homme d’affaires mais l’art demeure uniquement un plaisir. Je n’ai jamais revendu une œuvre d’art, cela ne m’intéresse pas. De même pour les œuvres où je me suis fait avoir, je les garde pour symboliser l’erreur que j’ai pu faire. 

Faites-vous une différence entre les achats pour l’Institut et les achats à titre personnel ?

Il n’y a pour moi aucune différence entre les deux. 

Au travers de l’Institut, quelle est votre plus grande satisfaction ?

J’ai créé l’Institut pour rencontrer des artistes, avoir l’occasion de parler avec eux. L’artiste porte un regard différent sur son travail, il guide l’œil du spectateur afin de traduire une émotion et de donner à voir sa propre vision. Grâce aux œuvres d’art, vous comprenez qu’il y a plusieurs émotions possibles et façons d’appréhender les choses, et il en est de même pour nos vies. La vie peut donc être menée de plusieurs façons, car nous en sommes l’acteur principal.

Par Ariette

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