BERNARD DELETTREZ

 

Créateur de bijoux oniriques

J'ai découvert tes bijoux avant de te rencontrer et je me demandais quel était le joaillier qui était assez fou pour créer des oeuvres aussi oniriques et fantastiques. Quelles sont tes influences ? 

J'ai passé dix ans à voyager à travers le monde sur un bateau, et je souhaite simplement transformer les incroyables découvertes que j'ai faites en bijoux. Les bijoux étaient alors très géométriques, moi je voulais mettre de l'humain ou de l'animal dans mes créations. À l'époque les gens prenaient pour un fou, aujourd'hui un peu moins. 

Comment déambule ta créativité ? 

Mes dix ans de voyage m'ont fait emmagasiner des réserves infinies. Je n'ai pas pu faire tout, tout de suite, à cause du temps, de l'humeur du matin, et des moyens. 

Je suis Taureau ascendant Balance, et plus le temps passe plus je deviens Balance, je vis une deuxième vie différente de la première. Il m'arrive parfois de ne pas reconnaître la personne que j'étais plus jeune. Je vois du coup mes réserves différemment. Avant je les aurais dévorées, aujourd'hui j'ai envie de prendre le temps de les déguster. 

Quel est le point de départ de cette incroyable histoire ? 

Je suis gemmologue de formation, ça ne s'explique pas, c'est ainsi, j'étais obligé de créer des bijoux. À l'époque, j'habitais au Brésil et je travaillais des pierres et créais des bijoux pour des joailliers, j'étais un technicien si on peut dire. En 1985, je me suis marié et ai suivi ma femme, qui était italienne. Je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais faire, mais pendant un essayage de mode chez Karl Lagerfeld, (mon épouse travaillait dans la mode), j'ai pris un crayon et j'ai dessiné quelques bijoux. Je les ai présentés à Karl. Il m'a dit "Continue". C'est un homme qui est plutôt avare de compliments, alors il est clair que dans sa bouche, ces mots avaient une résonance toute particulière ! Alors je l'ai invité à déjeuner dans une trattoria italienne, et sur un coin de la nappe, il a pris un crayon, et m'a dessiné mon logo : une demi-lune avec cinq étoiles qui formait le D de Delettrez. " Pour toi, il faut au moins cinq étoiles ". Pour le Taureau que j'étais, j'y ai cru et j'ai foncé ! Je savais que j'allais y arriver. 

Je n'ai réfléchi qu'après, mais comme c'était lancé, c'était réalisable ! Ce logo, je l'ai offert à ma fille Delphine Delettrez, il y a dix ans. Ce logo m'avait été offert, je voulais moi aussi l'offrir, le léguer, créer une continuité... 

Il y a dix ans, c'était le début de ma deuxième vie. 

Tes bijoux ne sont pas seulement incroyables et complexes, ils sont aussi d'un très grand confort, comment réalises-tu cette prouesse ? 

Un designer digne de ce nom doit avoir une énorme connaissance concernant la technique, comment un bijou ou des pierres évolueront dans le temps, comment un bijou doit être porté... Il faut toujours penser qu'un bijou doit être une seconde peau. Le designer doit accorder plus d'importance à la technique qu'à l'esthétique. Et cela dans un désir de transmission. Je n'ai pas envie de renier mon identité. 

Comment conçois-tu un bijou ? Quelles sont les étapes ? Combien de temps cela prend-il ? 

Entre l'idée et la réalisation c'est assez rapide. Environ trois mois pour un bijou qui va être produit en plusieurs exemplaires, un mois et demi pour un bijou unique. Une vingtaine de personnes vont travailler sur cette pièce. Celle qui m'aura pris le plus de temps à réaliser est la main squelette. Je ne me contente pas de "ça peut aller", "cela doit être parfait !". Depuis le début, j'ai du créer plus de 10 000 bijoux. 

Quelles sont les pierres qui t'inspirent le plus ? Comment les choisis-tu ? Le bijou t'amène-t-il à la pierre? Ou la pierre t'amène-t-elle au bijou ? 

Les pierres qui m'attirent le plus, sont celles que les autres ne prennent pas en considération au moment où je m'y intéresse. Je veux des pierres singulières incroyables. Les pierres communes me laissent froid. Mon envie du moment ; les opales éthiopiennes. Je suis aussi friand de diamants de couleur et de pierres semi-précieuses, que la majorité des gens ne connaissent pas. Plus elles sont rares et introuvables, plus elles m'intéressent!

À quoi ressemble ton atelier de travail à Rome ? 

Un capharnaüm !!! C'est épouvantable et personne ne peut y rentrer. Je travaille avec des dizaines et des dizaines de matériaux. J'ai horreur du rangement car c'est seulement si c'est en désordre que je retrouve tout! Tout est posé à vue, et les murs sont recouverts de meubles à tiroirs, sur lesquels figurent des petites cartes expliquant ce qui s'y trouve.

Quel serait le point commun entre toutes les femmes qui portent tes bijoux ?

 

L’élégance des femmes qui osent, car elles ont la personnalité pour oser et ont une vision du bijou et de tout ce qu’elles portent nettement plus ample que toutes les autres femmes. Ce sont des femmes qui se reconnaissent entre elles.

 

Quel est le bijou le plus fou que tu aies fait ?

 

La main squelette sans hésiter ! Techniquement le plus dur à réaliser, car chaque os reprend chaque os de la main. Ce bijou est une leçon d’anatomie incroyable !

 

Quelle est pour toi la symbolique du bijou ?

Le bijou doit être un prolongement de soi, rajouter quelque chose à notre identité. Pouvoir porter des bijoux sans s’apercevoir que tu les portes, comme si tu les avais toujours eu, comme s’ils faisaient partie de toi. Si c’est le cas, alors tu as bien choisi.

 

As-tu une ou plusieurs muses ? Quelle est la femme pour laquelle tu aimerais créer un bijou ?

 

Une actrice, metteur en scène italienne, elle est toutes les femmes à la fois.

 

Quelles sont les qualités d’un bon joaillier selon toi ?

 

La technique. Sans elle, on ne va nulle part. Il faut ensuite être créatif et avoir une grande connaissance des pierres, qui est l’aspect vivant du bijou. Le joaillier doit tout dominer, s’il veut créer le rapport de confiance nécessaire qui doit exister entre un joaillier et ses clients.

Par Elka Leonard

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