BENJAMIN CYMERMAN

Le Comité du Faubourg Saint-Honoré

13h42, mon ami Charles est en retard pour notre déjeuner hebdomadaire à l’Hôtel Costes, comme à son habitude… J’en profite pour marcher, et demande au chauffeur de taxi de me laisser au niveau du Palais de l’Élysée. J’ai vingt minutes devant moi, alors je prends le temps de contempler les boutiques, toutes plus luxueuses les unes que les autres. Face à l’Élysée je m’arrête un temps, on oublie si souvent ce joyaux en plein cœur de Paris…

Noël n’est que dans un mois, mais on ressent déjà l’effervescence des fêtes, les lumières habillent la rue et les boutiques. Les plus belles enseignes de prêt-à-porter et de joaillerie se font face et pour autant la rue présente un caractère anonyme. Loin de l’identité clinquante affirmée des Champs-Élysées, la rue du Faubourg Saint-Honoré a su conserver un charme parisien et une dimension à taille humaine. Jonglant entre les voitures et les passants sur les trottoirs étroits, je m’imagine, l’espace d’un instant, la rue devenir piétonne… Une rue paisible où il ferait bon se balader, les sens en émoi …

 

J’arrive au restaurant, Charles m’attends. Il semble surpris de me voir arriver à pied,  moi qui ne jure habituellement que par le taxi. Je lui fais part de mon étonnement quant à l’atmosphère du quartier et c’est alors qu’il m’apprend que l’un de ses amis est le président du Comité du Faubourg Saint-Honoré, une association de commerçants qui met tout en œuvre pour rendre le quartier du Faubourg Saint-Honoré plus agréable. Ni une ni deux, je lui demande de me donner son numéro, curieuse en tant qu’architecte de découvrir le chef d’orchestre de ce lieu si particulier. L’homme en question se nomme Benjamin Cymerman et il accepte de me recevoir la semaine suivante chez Heurgon, la maison de joaillerie familiale qu’il dirige avec son frère.

L’homme qui me reçoit à la carrure d’un politicien, la poignée de main d’un avocat et le regard doux et apaisant d’un joaillier. 
 

Vous avez un parcours atypique : Comment passe-t-on des bancs de la fac à la joaillerie ?

Il m’a fallu faire effectivement cinq ans de droit avant de réaliser que je n’aimais pas cela. Je voulais donner un nouveau sens à ma vie, et c’est en voyant mon frère heureux qui travaillait conjointement avec mon père, que j’ai réalisé que ma place était à leurs côtés, dans l’entreprise familiale. La joaillerie était un monde plus sexy, et j’aimais l’idée de travailler dans un milieu qui procure du plaisir aux gens que vous côtoyez. 

Quelles valeurs votre père vous a-t-il transmises en vous laissant les rênes il y a quatre ans ?

Mon père nous a donné sa passion pour l’horlogerie et la joaillerie, mais également une éthique quand à la gestion d’une entreprise à taille humaine et familiale. Le contact client était pour lui tout aussi important que le produit, et je pense que c’est cette manière de faire qui a fait la réussite d’Heurgon.

D’où vous vient cette passion pour le luxe, au-delà de la joaillerie ?

Le luxe fait partie de notre culture familiale. J’ai le goût des objets d’exception des pièces manufacturées, de l’artisanat, des choses uniques. J’aime l’exigence du savoir-faire et du bien fait. Ces objets sont sources de plaisir et connectent les personnes entre elles.

Vous êtes désormais à la tête du Comité du Faubourg Saint-Honoré. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Lorsque le directeur du Bristol a choisi de quitter la présidence du Comité, il a souhaité que ce soit le plus jeune des adhérents qui lui succède pour les six mois restants de son mandat. J’étais le plus jeune, j’ai accepté sa proposition, et depuis je suis réélu tous les ans. [sourire]

En tant que président, quelle est votre mission au sein du comité ?

Que l’artère du Faubourg Saint-Honoré redevienne une rue très commerçante, qu’il y ait une synergie commune entre les boutiques des grandes maisons de luxe. Je veux que la rue soit attractive, que la clientèle ait envie d’y venir et d’y déambuler.  

Comment voulez-vous mettre ce souhait en pratique ?

J’ai l’ambition de rendre piétonne la rue du Faubourg Saint-Honoré, pour lui redonner ses lettres de noblesse. Il ne faut pas oublier qu’elle accueille tout de même le Palais de l’Elysée ! Je veux qu’elle devienne la plus belle artère de Paris. C’est un vrai projet municipal au fond, et j’espère faire valider l’idée dans les deux ans à venir pour qu’elle soit effective d’ici trois à quatre ans.

J’imagine que vos études en droit vous sont utiles… [sourire] Est-ce pour ce genre d’ambition que le comité est né ?

En effet, le quartier du Faubourg Saint-Honoré est devenu au XXe siècle le centre de la mode et du style, faisant de Paris la capitale mondiale de la couture, de la création et de l’art. Situé à proximité de l’Élysée, du ministère de l’Intérieur et des ambassades, je pense qu’il était évident pour les commerçants de créer un comité qui regrouperait toutes ces Grandes Maisons. Le Comité a vu le jour en 1902, et aujourd’hui plus de cent vingt enseignes y adhèrent.

Comment fonctionne le comité ?

Chaque année les commerçants adhérents cotisent à hauteur de 1800€. On élit ensuite le bureau qui s’occupe de la gestion du comité. Ce sont douze membres bénévoles qui représentent tous les corps de métier. Un bureau est chargé de présenter des projets qui sont adoptés la plupart du temps à la majorité. Je trouve que ce vote représente réellement la cohésion qui existe en son sein et la volonté collective d’avancer ensemble. Tous les deux mois, les membres sont d’ailleurs invités à déjeuner pour permettre à chacun de se rencontrer.

Quel est l’intérêt pour les commerçants de faire partie du comité ?

En adhérant, les commerçants prennent part à la petite dizaine d’évènements qui a lieu chaque année, que ce soit les illuminations de Noël ou la Fashion Week. Ces évènements sont relayés dans la presse et participent au rayonnement de la rue du Faubourg Saint-Honoré auprès de la clientèle et des étrangers. Le comité crée une dynamique commerciale, après chacun opère comme il veut. 

Le quartier n’a pas toujours été touristique justement, quel est l’impact de cette nouvelle clientèle étrangère sur le commerce ?

Aujourd’hui 70% du chiffre d’affaires se fait avec les étrangers. Le comité doit se développer pour attirer cette nouvelle clientèle qui grâce à Internet a accès aux produits n’importe où dans le monde. L’expérience physique, en boutique, doit alors rester quelque chose d’exceptionnel, un moment à part entière au cœur de l’histoire du produit. 

Est-ce pour cela que vous avez proposé à certaines personnalités de devenir les ambassadeurs du Comité ?

Exactement, que ce soit Elsa Zylberstein, Audrey Fleurot ou Inès de la Fressange, leur participation contribue à faire perdurer la magie du lieu. C’est aussi une manière de récolter des fonds et d’ouvrir une voie philanthropique pour le comité, au-delà du luxe. Les fonds récoltés grâce à nos ambassadeurs sont reversés à des associations pour les enfants. 

C’est ainsi que mon entretien avec Benjamin se termine. Je repars à pied en direction de la Rive gauche, car le taxi c’est chouette mais il n’y a qu’en déambulant à pied que l’on s’imprègne de l’atmosphère des lieux… Cette promenade me mènera-t-elle vers une nouvelle rencontre ? Je l’espère !

 

Par Pauline Borghèse
 

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