Atelier COS

Le duo qui réveille l'Hôtel du Palais

L’Hôtel du Palais à Biarritz, résidence d’été offerte par l’Empereur Napoléon III à son épouse Eugénie se refait une beauté. Malgré un entretien annuel, la dernière grande rénovation s’est achevée en 1957.  Rendre hommage à cet imposant édifice de styles Second Empire et Néo-Louis XIII tout en le projetant dans les siècles à venir, telle est la mission d’Atelier Cos, en charge du projet d’architecture et d’architecture d’intérieur. Partiellement rénové, il rouvre ses portes pour la saison et pour accueillir le G7 du 23 au 26 août 2019. Les travaux reprendront le 15 octobre et dureront jusqu’au printemps 2020.

Cette rénovation est un projet d’envergure pour redonner à ce joyau de la ville de Biarritz, classé palace en 2011, ses lettres de noblesse. Notre cœur basque nous pousse à rencontrer le duo d’Atelier Cos, Valeria Sanchez et Didier Beautemps.

Quelle est l’orientation qui a été retenue pour cette rénovation ?


Réorganiser l’ensemble hôtelier et son jardin afin de magnifier l’extraordinaire potentiel du site. Les façades, toitures et terrasses de l’aile sud sont rénovées dans le pur respect du style d’origine. Les jardins reprennent leur droit autour de la piscine en balcon. Transformer et modifier la circulation des espaces intérieurs du rez-de-chaussée tout en préservant les décors fastueux d’origine. Métamorphoser les 45 chambres et 11 suites avec des univers précieux et uniques, imaginer des meubles qui viennent souligner la singularité de chacune des chambres.

Vous êtes et avez été en charge de la rénovation de nombreux palaces et grands projets architecturaux, notamment la Maison Cheval Blanc à Courchevel, propriété de Monsieur Arnault, le Ritz, le Four Seasons George V Paris, pour ne citer qu’eux. Vous avez une carte de visite des plus prestigieuses ! Comment est née la collaboration d’Atelier Cos avec ces bâtiments emblématiques ? 


Didier Beautemps : [Rires] C’est en fait le point de départ de l’agence. Elle est née en 1994. À l’époque nous étions un petit cabinet d’architecte. Puis il y a eu la Guerre du Golfe, ce qui a mis notre carnet de commande à zéro. Ma femme attendait notre premier enfant, gros stress. Mon associé de l’époque travaillait déjà avec le Ritz, et lorsqu’ils ont décidé de rénover le palace, il a été appelé. Mais comble de malchance il s’est fait virer au bout de la première journée ! J’ai dû le remplacer au pied levé et j’y suis resté … sept ans ! Je suis devenu l’architecte maison en résolvant un problème qui enquiquinait le directeur : l’interférence des gens qui sortaient du HELZ club en peignoir  et qui croisaient les hommes d’affaires. Je me souviens mot pour mot de la réponse à la solution que j’ai proposée: « J’ai eu les meilleurs architectes du monde, et bien il n’y en a pas un qui a eu une idée aussi bête ! » mais c’était la solution et ce qui m’a permis d’asseoir ma crédibilité dans ce grand projet! [Rires] Être au cœur du « premier hôtel du monde » constitue un privilège unique, qui m’a offert la possibilité d’étudier, d’expérimenter, d’esquisser les premières lignes d’une vision novatrice, et de mettre en place un observatoire des tendances de l’hôtellerie de demain. Atelier Cos est né en 2001.

Ce nom a-t-il une signification particulière?


DB : Lorsque j’avais 20 ans, avec un groupe d’amis nous faisions des inventions. Nous appelions notre groupe « Les Savants Cosinus », et j’ai souhaité y faire un clin d’œil en nommant l’agence COS.

Comment est né votre duo avec Valeria?


Valéria Sanchez-Rodriguez : Je suis arrivée en 2006 de Buenos Aires, avec un diplôme d’architecte en poche, que j’ai complété par un Master en « Aménagement, Urbanisme, Développement et Prospective » à la Sorbonne, et un diplôme d’architecte du patrimoine.


DB : Valeria est la créative de l’agence. Et je suis fier de travailler depuis plus de 10 ans avec la meilleure architecte de sa génération. Il faut savoir que Valeria remporte en moyenne 9 concours sur 10. C’est un résultat « inouï » !!! 
VS : [Rires] Nous sommes très complémentaires surtout, et ensemble nous racontons une histoire. Quand ça bloque, c’est Didier qui trouve la solution pour décoincer la situation ! On est vraiment heureux de travailler ensemble !

Quelles sont les qualités d’un bon architecte ?


VS : L’architecte doit savoir écouter, surprendre, et répondre à la demande en donnant une valeur ajoutée. Au Four Seasons Georges V Paris, nous avons été consultés pour répondre à une demande d’extension-restructuration. Ils voulaient prolonger le restaurant mais c’était impossible. En faisant des recherches sur le PLU (Plan Local d’Urbanisme) et les plans historiques, nous avons découvert l’existence d’une petite cour historique. Cette découverte nous a permis de répondre à leur demande et d’offrir en supplément des espaces ouverts qui n’existaient pas jusque-là. Ils étaient ravis ! Bien qu’au départ, ils soient tombés à la renverse : on leur demandait de détruire le salon Napoléon qu’ils venaient juste de terminer et étaient en train de réceptionner ! Mais notre expertise a permis de récupérer l’intégralité des aménagements effectués et de les reporter dans les plans que nous leur proposions.


DB : Une approche rationnelle et intuitive. Nous nous reconnaissons dans le principe selon lequel « c’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons. »

Où puisez-vous votre créativité Valeria?


VS : Pour créer je dois m’enfermer, me mettre en mode « autiste », et je ne peux pas faire cela au bureau : je suis trop sollicitée. La lecture par exemple me permet de me mettre dans cet état : mon esprit est alors libre, il vagabonde, le monde extérieur ne l’atteint pas. Avant de me lancer sur un projet, je suis comme une éponge, je m’imprègne de la spécificité du site, de son histoire, de détails sans explication. Ce qui me motive : faire surgir des potentialités endormies. Mon idée peut venir d’une démarche hyper rationnelle ou de quelque chose de totalement intuitif !

Pourriez-vous définir votre ADN ?


VS : Chaque projet est particulier et issu d’un contexte singulier. On se refuse à avoir une écriture. Nous n’imposons pas de style. Il n’y a pas de généralisation à faire en termes de créativité, notre objectif est de comprendre le souhait du client, avec élégance, précision et humilité, en écoutant le site, son histoire et sa topographie. Nous pouvons faire du très classique comme à Cheval Blanc, ou du très contemporain comme l’Hôtel l’Igloo. Ne pas avoir d’écriture est passionnant et difficile à la fois, car nous commençons chaque projet à zéro, et sans aucun a priori. Je suis convaincue qu’il faut acquérir une vision personnelle éloignée de tout clivage ou dogme.


DB : L’art de construire devient de plus en plus complexe. L’appréhension de cette complexité est fondamentale dans la méthodologie d’Atelier COS et constitue un excellent engrais intellectuel. Nous sommes convaincus que les contraintes peuvent souvent se transformer en atouts et devenir de véritables outils de conception.

Comment fonctionne votre agence entre architecture et architecture d’intérieur ?


DB : À la base nous sommes un cabinet d’architecture, mais ce qui est primordial pour nous : une atmosphère de travail joyeuse et sereine. Indispensable pour que chacun s’investisse dans les projets, et ce qui permet de mutualiser les compétences de chacun. Notre équipe regroupe aujourd’hui des architectes, des architectes du patrimoine, des architectes d’intérieurs, des urbanistes, des ingénieurs conseils pour la conception et le développement des projets, des maîtres d’œuvre et des pilotes pour le suivi de la réalisation. On sait travailler en équipe avec les confrères et autres partenaires. Notre capacité d’écoute, d’adaptation et de rigueur est le fondement de toutes nos collaborations. Et notre expérience nous permet de garantir, lors de la réalisation du chantier, le maintien des coûts et des délais. Ainsi, l’expertise patrimoniale nous a menés vers des projets de domaines viticoles ou de sièges sociaux de grandes banques. L’architecture d’intérieur nous a conduits à travailler sur des boutiques de luxe et des appartements de prestige.

VS : Elle fonctionne sur la pensée globale, et la simplification. Sur un projet on est entouré de 50 voix différentes, qui ont toutes raison. Le fait d’avoir des experts dans tous les domaines en interne nous permet d’avoir cette démarche. Si on n’a pas une démarche de simplification à cette réponse globale on devient dingue et tout devient très compliqué. Simplification n’est pas synonyme de recherche d’une réponse simpliste mais d’un travail de synthèse et de créativité en quête de perfection. Par exemple, les décorateurs prennent souvent des options qui techniquement ne sont pas cohérentes avec l’exploitation ou la circulation des individus. Si l’architecte n’est qu’un artiste, ça ne suffit pas. La technicité c’est hyper important et cela doit marcher à tous les niveaux : production, budget, exploitation, marketing, commercial… Trouver une réponse pour que tous ces domaines fonctionnent conjointement au travers des travaux entrepris c’est notre job !

Quel est le plus beau compliment que l’on vous ait fait?


VS : L’extension de Cheval Blanc ! Personne ne s’en est rendu compte ! Comme si le bâtiment avait toujours été là.


DB : Un jour une cliente m’a embrassé avec des larmes de bonheur aux yeux. Et presque tous nos clients deviennent des amis ! 

Quel serait le projet de vos rêves ?


DB : Un projet flottant ! Ou alors une tour, car c’est techniquement compliqué et passionnant à la fois de faire fonctionner un bâtiment intelligent alors que la base est étroite.


VS : Un projet en Patagonie, inspiré du glacier Upsala. Quelque chose qui disparaisse dans l’espace, un projet caméléon, en suspension, qui ne toucherait pas le sol. 

UNE EQUIPE PLURIELLE !

Karine Dunesme

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