ALEXANDRA PAILLOT

En selle!

Monter à cheval est une réunion de deux êtres qui ne forment qu’un. L’expression même du centaure. Un art. Un art équestre poussé jusqu’à atteindre la perfection. C’est une quête incessante…et une passion dévorante.


Alexandra Paillot, 29 ans, possède un palmarès déjà impressionnant dans la discipline du saut d’obstacles. Tour à tour, égérie pour la grande maison Hermès, femme d’affaires ou compétitrice de haut niveau, avec tact, elle nous présente son quotidien.

Qui êtes-vous Alexandra Paillot? Une cavalière émérite, une chef d’entreprise? Comment vous définiriez-vous?

Je me définirais comme une passionnée de chevaux qui vit à leurs côtés. Et pour moi, le fait de gérer une écurie est inhérent à l’activité de cavalière professionnelle.

Votre environnement familial a-t-il été un élément déterminant dans votre carrière ?

Oui, dans ma famille, nous sommes tous passionnés de chevaux : mon grand-père, mes parents et mon frère. Mais ce n’est pas une règle : Pénélope Leprévost, la plus grande cavalière française, vient d’un milieu complètement différent de celui des chevaux.

Devenir cavalière implique-t-il des concessions ? Lesquelles ?

C’est une activité contraignante qui demande beaucoup de travail physique. Je travaille 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Il faut s’occuper des chevaux, les faire manger et les sortir tous les jours.
Il faut être vraiment passionnée et être entourée de gens passionnés pour comprendre notre mode de vie. 
Plus jeune, c’était un peu difficile pour avoir une vie sociale. J’étais au collège ou au lycée la semaine et tous les week-ends en déplacement pour mes compétitions.  Pour couronner le tout, je passais tout mon temps libre aux écuries.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez voulu concourir ?

C’était à l’âge de 10 ans quand j’ai eu mon premier poney. J’avais déjà commencé à regarder de grands concours hippiques avec mon père. 

La compétition est-elle une passion ou un passage obligé ?

Nous ne sommes pas obligés d’avoir fait de la compétition pour travailler dans ce milieu, mais la compétition, cette envie de gagner, nous motive pour travailler au quotidien. Elle représente le test qui mesure tout le travail accompli et ce qui nous reste à faire.

Pourquoi avoir choisi le saut d’obstacles? Qu’est-ce qui vous attire dans votre discipline ?

Il y a trois disciplines : le dressage, le concours complet (qui comprend dressage, saut d’obstacles et cross) et le saut d’obstacles. J’ai choisi le saut d’obstacles, car je trouvais le dressage un peu ennuyeux et le concours complet dangereux à cause du cross. 

Est-il facile d’être une femme dans ce milieu ? 

C’est un sport très physique. Certains chevaux sont parfois difficiles à contrôler. Être un homme est, pour cette raison, un avantage. En tant que femmes, nous apportons plus de finesse et de légèreté. 
Mais notre sport est en train d’évoluer vers quelque chose de beaucoup plus fin, vers des chevaux légers et qui s’adaptent mieux aux femmes. Pour m’entretenir, je cours régulièrement et j’ai une coach sportive qui m’entraîne au fitness, à la boxe et au gainage, notamment pour entretenir le dos.

Le milieu équestre, est-ce un esprit chacun pour soi ou une communauté ouverte les uns aux autres ?

Par le jeu des concours, les cavaliers se retrouvent entre eux tous les week-ends. L’ambiance est plutôt sympa et ouverte, bien que nous soyons tous très compétiteurs. 

Comment décririez-vous la relation que vous entretenez avec votre cheval Polias de Blondel? De l’affection comme avec un animal de compagnie? Comment est née cette rencontre ?

J’ai beaucoup d’affection et de respect pour les chevaux, mais un cheval n’est pas un chien. Il est fait pour vivre dehors et en groupe. Alors nous essayons qu’ils aient la vie la plus agréable possible.
Je n’ai pas que Polias. J’ai plusieurs chevaux que je prépare pour le jour où je ne courrai plus avec lui. Polias a beaucoup d’importance pour moi et je ne le vendrai jamais. 

Pourquoi lui ? 

Parce que je cherchais un cheval pour faire des grands prix. J’ai fait un essai et j’ai de suite senti qu’il avait beaucoup de force. Je me suis sentie en sécurité avec lui. L’entente s’est faite très vite. Je cherche à le mettre en confiance dans son environnement quotidien. Je pense être pour lui une présence bienveillante, une boussole. Je suis comme une guide. 

Comment décririez-vous votre style à cheval ?

J’ai un style classique. Une monte légère et discrète qui laisse vivre les chevaux.

Vous vivez entre les États-Unis et la France. Qu’est-ce que vous aimez aux États-Unis par rapport à votre activité et passion?

Je suis davantage basée en France aujourd’hui, que par le passé. Mais effectivement, je vivais aux États-Unis quelques mois par an, en Floride, car il y a un circuit qui dure 4 mois, ce qui est très confortable. Je pouvais rentrer chez moi tous les soirs. 
En France, nous voyageons tous les week-ends pour faire « le même circuit » !
Le système américain est, de plus, très professionnalisé et permet aux gens du monde équestre de mieux vivre de leur métier. Les cavaliers amateurs y sont très choyés et c’est ce qui fait la différence, car ce sont eux qui font vivre en partie le système.

Quelle différence faites-vous entre les États-Unis et la France au niveau hippique ?

Il y a des concours tout le temps et toute la semaine. Le début de semaine est réservé aux professionnels, et la fin de semaine aux amateurs. Quand les amateurs arrivent, ils s’assoient sur leur selle et c’est tout ! Les professionnels s’occupent d’eux.

Vous préparez des chevaux en France que vous vendez en Floride ?

J’ai un nombre peu élevé de chevaux au travail, mais que je veux monter en « haute » qualité. J’en vends un par an, pour financer mes compétitions. 
Aujourd’hui, la demande de chevaux d’exception est très importante, et je trouve des clients en France et en Europe. Du coup je n’ai plus forcément besoin de vendre aux États-Unis, sauf peut-être pour les chevaux d’un niveau moins élevé, pour les plus petites épreuves, qui s’y vendent mieux.
Pour les former, je les prends vers 3 ou 4 ans, et je les forme jusqu’à 9 ou 10 ans, soit environ 5 ans de formation. Ils feront ensuite de la compétition, si tout va bien, jusqu’à 18 ans. 


C’est un milieu qui évolue ?

De nouveaux circuits de compétition sont créés et le milieu évolue. La tendance est de rendre ce sport plus intéressant pour les novices, plus divertissant, plus médiatique.
Mais peut-on parler de démocratisation? Des compétitions sont par exemple organisées dans des lieux plus culturels, comme au Grand Palais, à Paris.

Vous avez dit aimer «la classe » de cette discipline. Pourquoi selon vous, l’équitation est une discipline si chic?

C’est une discipline élégante par l’aspect culturel et traditionnel de ce sport, très artistique aussi. 
Et c’est un sport très onéreux qui peut, effectivement, parfois le rendre élitiste. 

Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être une cavalière partenaire de la maison Hermès ?

Ce partenariat est un honneur! Il  permet à la maison Hermès d’avoir un retour technique sur ses produits et ainsi de les améliorer, et me permet d’être équipée ainsi que mon cheval.
Et puis c’est très agréable, car il y a une ambiance familiale avec la maison Hermès. Il y a beaucoup d’échanges et de bienveillance dans nos relations. Je leur en suis très reconnaissante, d’autant plus que l’aura d’Hermès rayonne en dehors du milieu de l’équitation.

 


Par Virginie Saucet
 

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